Thomson TO7/70
Fiche rapide
- Constructeur : Thomson Micro-Informatique (SIMIV)
- Commercialisation : juin 1984
- Catégorie : micro-ordinateur familial 8 bits
- Processeur : Motorola 6809E à 1 MHz
- RAM : 64 Ko au total : 48 Ko de RAM générale et 16 Ko pour l’affichage
- ROM système : 6 Ko
- Extension mémoire : 64 Ko supplémentaires en option
- Affichage : 320 × 200 pixels, 16 couleurs avec contrainte de deux couleurs par groupe de 8 pixels
- Texte : 25 lignes × 40 caractères
- Clavier : touches en caoutchouc en 1984 ; version à clavier mécanique en 1985
- Langages : BASIC, Logo, Forth ou assembleur selon la cartouche
- Stockage : cassette et lecteurs de disquettes en option
- Connexion vidéo : RVB et son par prise Péritel sur la version française
- Son : une voie sur cinq octaves ; possibilités étendues avec le module « musique et jeux »
- Périphérique caractéristique : crayon optique intégré
Juin 1984 : Thomson corrige le TO7
Lorsque le TO7/70 arrive en juin 1984, le TO7 n’a même pas deux ans.
Il est lancé pratiquement en même temps que le MO5, mais les deux machines ne jouent pas le même rôle : le MO5 doit occuper l’entrée de gamme, tandis que le TO7/70 prolonge et modernise la famille TO.
Dans la micro-informatique du début des années 1980, deux années représentent déjà une génération : les 8 Ko de mémoire utilisateur du TO7 et son clavier sensitif deviennent rapidement difficiles à défendre face aux nouvelles machines familiales.
Thomson choisit pourtant de ne pas repartir d’une feuille blanche. Le TO7/70 conserve le boîtier général, les cartouches Mémo7, le crayon optique et une grande partie des périphériques du TO7 afin de préserver l’écosystème existant.
Le processeur évolue néanmoins : le Motorola 6809 du TO7 laisse place au Motorola 6809E, toujours cadencé à 1 MHz. Le jeu d’instructions reste compatible et ce changement n’entraîne donc pas de spectaculaire augmentation de puissance.
La véritable évolution se trouve ailleurs.
Une carte mère beaucoup plus moderne
En ouvrant les deux machines, la différence entre les générations devient beaucoup plus nette.
La carte mère du TO7 reposait encore largement sur de nombreux circuits logiques standards de la famille TTL. Sur le TO7/70, Thomson regroupe plusieurs de ces fonctions dans un circuit spécialisé de type gate array, chargé notamment d’une partie de la gestion vidéo et des accès à la mémoire.
La presse technique de l’époque décrit ainsi une carte passant d’environ 78 à 35 circuits intégrés. Cette intégration réduit le nombre de composants et simplifie considérablement l’électronique.
L’alimentation est également revue. Le gros radiateur situé à l’arrière du TO7, connu pour chauffer fortement, disparaît au profit d’une alimentation à découpage plus moderne.
Cette transformation est révélatrice d’une évolution générale de la micro-informatique du début des années 1980 : les premières machines construites à partir d’une multitude de circuits standards cèdent progressivement la place à des ordinateurs utilisant davantage de circuits spécialisés.
Pourquoi le nom TO7/70 ?
Le nombre 70 fait référence à la mémoire totale mise en avant pour la machine : 64 Ko de RAM + 6 Ko de ROM = 70 Ko.
Les 64 Ko de mémoire vive se répartissent eux-mêmes entre 48 Ko de RAM générale et 16 Ko consacrés à l’affichage.
Une extension de 64 Ko peut porter la RAM hors mémoire vidéo à 112 Ko.
Cette façon d’additionner RAM et ROM était surtout une manière simple de souligner l’écart avec le TO7. Elle ne signifie évidemment pas que l’utilisateur dispose de 70 Ko pour écrire son programme.
64 Ko de RAM… mais pas 64 Ko disponibles sous BASIC
C’est l’un des aspects les plus intéressants du TO7/70.
Sur le papier, l’ordinateur possède 48 Ko de RAM en dehors de la mémoire vidéo. Mais le BASIC 1.0 n’offre pas au programmeur un espace continu de 48 Ko. En pratique, environ 32 Ko sont directement accessibles dans l’environnement BASIC et, après les zones utilisées par l’interpréteur et le système, il reste approximativement 30 Ko pour le programme.
Le reste de la mémoire est accessible sous forme de banques qu’il faut sélectionner par logiciel.
Cette organisation découle notamment de l’espace d’adressage de 16 bits du 6809E : le processeur ne peut adresser directement que 64 Ko à un instant donné alors qu’une partie de cet espace doit également accueillir la vidéo, la ROM et les entrées-sorties.
Le TO7/70 illustre ainsi un problème qui deviendra courant sur les micro-ordinateurs 8 bits : la mémoire physique continue d’augmenter alors que l’espace d’adressage du processeur reste limité.
320 × 200 pixels et désormais 16 couleurs
La définition reste de 320 × 200 pixels, mais le TO7/70 double la palette de son prédécesseur : aux huit couleurs de base s’ajoutent huit teintes supplémentaires, souvent qualifiées de pastel.
Il ne faut cependant pas imaginer un écran où chacun des 64 000 pixels peut choisir librement parmi seize couleurs.
La mémoire vidéo conserve une organisation héritée du TO7. Chaque groupe horizontal de huit pixels dispose d’une couleur de forme et d’une couleur de fond ; les huit pixels doivent donc se partager seulement ces deux couleurs.
Cette technique permet d’afficher une image en couleurs avec seulement 16 Ko de mémoire vidéo, au prix de contraintes bien connues des graphistes travaillant sur les machines Thomson.
Il existe également un autre héritage du TO7 : le BASIC 1.0 n’a pas été entièrement repensé pour les nouvelles couleurs du TO7/70. Les huit couleurs supplémentaires peuvent être utilisées, mais certaines manipulations passent par des séquences de contrôle moins naturelles que les commandes graphiques prévues pour les couleurs d’origine.
Le matériel a donc progressé plus vite que son environnement logiciel.
Le crayon optique devient réellement plus précis
Le crayon optique reste l’un des signes distinctifs du TO7/70.
Sur la machine, il se range dans un long logement placé au-dessus du clavier. Son câble spiralé reste directement relié à l’ordinateur.
Son fonctionnement exploite le balayage de l’écran cathodique. Lorsque le faisceau lumineux passe devant la pointe du crayon, l’électronique peut déterminer la position correspondante.
Le progrès par rapport au TO7 est important. Sur celui-ci, la précision horizontale du crayon était limitée à 40 positions, soit une position pour chaque groupe de huit pixels. Sur le TO7/70, elle atteint le niveau du pixel : 320 positions horizontales.
Ce perfectionnement rend le crayon beaucoup plus adapté au dessin et aux logiciels pédagogiques qui exploitent le pointage direct à l’écran.
Du clavier en caoutchouc au clavier mécanique
L’histoire du clavier du TO7/70 mérite une précision, car les deux versions sont souvent confondues.
Le TO7 de 1982 utilisait un clavier sensitif presque plat, particulièrement peu agréable pour saisir de longues lignes de programme.
Le premier TO7/70 commercialisé en 1984 abandonne ce système pour un clavier à touches en caoutchouc. Le progrès est réel, même si la frappe reste éloignée d’un clavier professionnel.
En 1985 apparaît une nouvelle version équipée cette fois d’un clavier mécanique. C’est ce modèle tardif que l’on rencontre fréquemment aujourd’hui et qui figure sur plusieurs photographies de cet article.
L’évolution du clavier montre bien comment Thomson améliore progressivement une machine sans modifier son architecture fondamentale.
Le BASIC reste sur une cartouche Mémo7
Le TO7/70 peut démarrer sans cartouche grâce à sa ROM système, mais le BASIC n’est pas intégré. Pour disposer de l’interpréteur et programmer directement en BASIC, l’utilisateur doit insérer une cartouche Mémo7 BASIC dans la trappe située à gauche du clavier.

Les photographies permettent de lire sur cet exemplaire « BASIC Version 1.0 » ainsi que le copyright Microsoft 1982.
La cartouche contient de la mémoire morte et met directement son programme à disposition du processeur. L’interpréteur n’a donc pas besoin d’être chargé depuis une cassette et n’occupe pas la RAM destinée aux programmes.

Le principe ne se limite pas au BASIC : Thomson propose d’autres environnements et outils sous forme de cartouches, notamment Logo, Forth ou l’assembleur 6809.
Une architecture pensée pour les extensions
Comme le TO7, le TO7/70 conserve plusieurs connecteurs permettant d’ajouter des périphériques.

Thomson propose notamment une extension mémoire de 64 Ko, des interfaces de communication, des imprimantes, des contrôleurs de disquettes ou encore le module « musique et jeux », capable de gérer deux manettes et d’améliorer les possibilités sonores.
Plus original, un dispositif d’incrustation vidéo permet de superposer les graphismes de l’ordinateur à une source vidéo externe. Cette fonction rappelle que Thomson est alors autant un acteur de l’électronique et de la télévision qu’un constructeur informatique.
Cassette, disquette et téléviseur
Pour enregistrer les programmes de l’utilisateur, le support le plus accessible reste la cassette magnétique, utilisée avec un lecteur-enregistreur externe spécifique. Plus lente, elle est aussi beaucoup moins coûteuse qu’un système à disquettes.
Des lecteurs de disquettes et, plus tard, un Quick Disk sont également proposés en option.
Sur la version française, la prise Péritel transmet directement l’image RVB et le son vers un téléviseur. Le sigle « TO », pour « Télé-Ordinateur », prend ici tout son sens : l’écran familial évite l’achat d’un moniteur informatique dédié.
Une machine née avant le plan Informatique pour tous
Le TO7/70 et le MO5 sont commercialisés en 1984, plusieurs mois avant l’annonce du plan Informatique pour tous en janvier 1985.
Ils n’ont donc pas été conçus spécialement pour ce programme gouvernemental.
Leur présence dans la gamme Thomson leur permet cependant d’être retenus lorsque l’État décide d’équiper massivement les établissements scolaires. Le TO7/70, le MO5 et les nanoréseaux deviennent alors familiers à une génération d’élèves français.
Le crayon optique, BASIC et Logo correspondent particulièrement bien à cette volonté d’utiliser l’ordinateur à la fois comme objet d’apprentissage et comme outil pédagogique.
Une concurrence devenue beaucoup plus difficile
Le TO7/70 est nettement plus abouti que le TO7, mais le marché de 1984 n’est déjà plus celui de 1982.
Le Commodore 64 possède un vaste catalogue de logiciels et de jeux. Surtout, l’Amstrad CPC 464 arrive la même année avec une formule très lisible pour le grand public : ordinateur, clavier, magnétophone et moniteur vendus comme un ensemble cohérent.
Thomson bénéficie d’une position particulière en France et bientôt d’une forte présence dans l’enseignement, mais son écosystème grand public reste confronté à des concurrents internationaux très agressifs.
Pourquoi le TO7/70 est important dans l’histoire de l’informatique
L’intérêt historique du TO7/70 ne vient pas d’une rupture spectaculaire avec le TO7. Il vient au contraire de la manière dont Thomson tente de moderniser rapidement une architecture existante sans abandonner sa compatibilité.
À l’intérieur, l’intégration électronique progresse fortement, la mémoire augmente et le système vidéo gagne huit nouvelles couleurs. À l’extérieur, les cartouches Mémo7, les périphériques et le crayon optique assurent la continuité avec la génération précédente.
Mais cette compatibilité a un prix : une partie de la mémoire doit être paginée et le BASIC 1.0 ne profite pas toujours naturellement des nouvelles possibilités graphiques.
Le TO7/70 est ainsi un bon exemple d’un problème récurrent dans l’histoire de l’informatique : comment faire évoluer une machine sans rendre immédiatement obsolètes les logiciels et périphériques déjà existants ?
C’est cette position de transition, entre le TO7 de 1982 et les Thomson plus intégrés qui suivront, qui fait du TO7/70 une étape importante de la micro-informatique française.
Repères chronologiques
- 1982 : commercialisation du Thomson TO7.
- Juin 1984 : commercialisation du TO7/70 et du MO5.
- 1985 : lancement du plan Informatique pour tous.
- 1985 : apparition d’une version du TO7/70 équipée d’un clavier mécanique.
- 1985 : apparition du Thomson TO9.
- 1986 : nouvelle génération Thomson avec notamment le TO8.
Pour aller plus loin
Les micro-ordinateurs Thomson: MO5, TO7, TO8
Plongez dans les années 1980, lorsque les micro-ordinateurs Thomson faisaient leur entrée dans les écoles françaises.
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Sources
- Thomson, Guide du TO7/70, documentation utilisateur.
- Michel Oury, Manuel technique du TO7 et TO7/70, Cedic/Nathan, 1984.
- Documentation Thomson consacrée aux périphériques et extensions du TO7/70.
- Micro 7, 1984, présentation technique du TO7/70.
- Tilt, 1985, essai du Thomson TO7/70.
Photos personnelles : Sébastien Inion, 2026 — licence Creative Commons Attribution – Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-SA 4.0).
