Amstrad CPC 464
L’ordinateur familial vraiment « prêt à l’emploi »
L’Amstrad CPC 464 est le premier micro-ordinateur commercialisé par la société britannique Amstrad. Lancé au Royaume-Uni en juin 1984, puis distribué en France à partir de septembre 1984, il devient rapidement l’une des machines emblématiques de la micro-informatique européenne.
Son succès repose moins sur une révolution technologique que sur une idée commerciale particulièrement efficace : vendre un ordinateur complet, simple à installer et immédiatement utilisable. Le clavier, le lecteur de cassettes et l’unité centrale sont réunis dans un même boîtier, tandis qu’un moniteur monochrome vert ou couleur est fourni avec la machine.
Le CPC 464 évite ainsi à l’acheteur de chercher séparément un écran, un système de stockage et les câbles nécessaires. Cette formule « tout-en-un » contribue à faire entrer l’ordinateur dans de nombreux foyers qui ne possèdent encore aucune expérience informatique.
Fiche rapide
- Constructeur : Amstrad
- Lancement au Royaume-Uni : 21 juin 1984
- Arrivée en France : septembre 1984
- Famille : Amstrad CPC, pour Colour Personal Computer
- Processeur : Zilog Z80A à 4 MHz
- Mémoire vive : 64 Ko
- Stockage intégré : lecteur de cassettes
- Langage fourni : Locomotive BASIC
- Période de la gamme CPC classique : 1984–1990
Le contexte européen du début des années 1980
Au début des années 1980, l’Europe connaît une forte expansion de l’informatique domestique. Des machines comme le ZX Spectrum, le Commodore 64, le BBC Micro ou les micro-ordinateurs Thomson permettent à un nouveau public de découvrir les jeux vidéo, la programmation et les premiers logiciels éducatifs.
Cependant, l’achat d’un micro-ordinateur reste parfois compliqué. Certains modèles utilisent le téléviseur familial comme écran. D’autres nécessitent un magnétophone externe, une alimentation supplémentaire ou différents périphériques vendus séparément.
Amstrad cherche à supprimer ces obstacles. L’entreprise ne vise pas seulement les passionnés d’électronique : elle veut toucher les familles qui souhaitent acheter un ordinateur comme elles achèteraient un téléviseur ou une chaîne hi-fi.
Une conception guidée par la simplicité
Le CPC 464 réunit dans son boîtier le clavier, l’électronique de l’ordinateur et un lecteur de cassettes. Le moniteur fourni sert également d’alimentation électrique à la machine. L’utilisateur dispose ainsi d’un ensemble cohérent avec peu de branchements à effectuer.
Cette présentation constitue un argument décisif. Le CPC peut être installé sur un bureau sans monopoliser le téléviseur du salon. De plus, l’acheteur sait exactement ce que comprend le prix affiché.
Le clavier aux touches colorées renforce l’identité visuelle de la machine. Il facilite aussi le repérage de certaines commandes pour les débutants. Amstrad présente ainsi le CPC 464 comme un appareil à la fois familial, ludique et éducatif.
Un succès commercial européen
Le CPC 464 rencontre rapidement un succès important au Royaume-Uni, en France, en Espagne et dans plusieurs autres pays européens. Les estimations historiques les plus fréquemment citées attribuent au modèle plus de deux millions d’exemplaires vendus à l’échelle européenne.
Pour la France, certaines synthèses rétrospectives évoquent des pointes proches de 20 000 ventes mensuelles et un parc pouvant approcher le million de machines. Ces chiffres varient toutefois selon les sources et doivent être considérés comme des estimations.
Au-delà des nombres exacts, l’importance du CPC 464 ne fait guère de doute. Il devient l’un des principaux concurrents du Commodore 64 et du ZX Spectrum, tout en occupant une place particulièrement forte sur le marché français.
Ce que le CPC 464 apporte au grand public
- Un ensemble complet : l’ordinateur est vendu avec son propre moniteur.
- Un stockage intégré : aucun magnétophone externe n’est nécessaire pour charger ou enregistrer un programme.
- Une installation simple : le moniteur alimente également l’ordinateur, ce qui limite les branchements.
- Un environnement immédiatement accessible : le Locomotive BASIC apparaît dès la mise sous tension.
- Des capacités équilibrées : la machine associe graphismes en couleur, son à trois voies et programmation.
- Un catalogue européen abondant : des milliers de jeux, utilitaires et logiciels éducatifs sont publiés pour la gamme.
Le lecteur de cassettes : économique mais lent
Le nombre « 464 » fait référence à la combinaison d’un lecteur de cassettes et de 64 Ko de mémoire vive. La cassette compacte représente alors le support de stockage le plus économique pour le grand public.
Les programmes sont enregistrés sous forme de signaux audio. Selon le mode employé, les transferts s’effectuent généralement autour de 1 000 ou 2 000 bauds. Le chargement d’un jeu peut donc prendre plusieurs minutes.

Photo : Sébastien Inion– HistoireInformatique.info — CC BY 4.0
La cassette possède aussi ses inconvénients : il faut parfois régler le volume d’un lecteur externe lors des échanges avec une autre machine, et la qualité de la bande peut provoquer des erreurs. Le mécanisme intégré au CPC 464 simplifie néanmoins beaucoup l’utilisation quotidienne.
Le CPC 464 n’est pas l’unique ordinateur Amstrad à employer la cassette : le CPC 464 Plus, lancé en 1990, conserve lui aussi ce support. En revanche, les CPC 664 et CPC 6128 adoptent un lecteur de disquettes 3 pouces, plus rapide et plus pratique.
Locomotive BASIC : programmer dès l’allumage
Lorsque l’utilisateur met la machine sous tension, il accède directement au Locomotive BASIC. Ce langage constitue l’un des points forts du CPC 464. Le BASIC est un langage simple et accessible aux débutants.
Ses commandes permettent de dessiner des formes, d’afficher des couleurs, de produire des sons et de gérer des événements temporisés sans devoir programmer directement le matériel. Un débutant peut donc obtenir rapidement un résultat visible :
10 MODE 1
20 PRINT "BONJOUR"
30 FOR N=1 TO 10
40 SOUND 1,100+N*10,10
50 NEXT N
Ce programme ne dessine aucune forme. La commande MODE 1 sélectionne un affichage de 320 × 200 pixels pouvant utiliser quatre couleurs simultanées et efface l’écran. Ensuite, PRINT affiche le mot « BONJOUR ».
La boucle FOR...NEXT fait varier la variable N de 1 à 10. À chaque passage, la commande SOUND produit un son bref sur le premier canal audio. La valeur de période passe progressivement de 110 à 200 : les dix sons deviennent donc de plus en plus graves.
Cet exemple fait découvrir une variable, une boucle et une commande sonore. D’autres instructions du Locomotive BASIC, comme PLOT, DRAW et INK, permettent de dessiner et de choisir les couleurs. Les commandes IF...THEN, AFTER et EVERY servent ensuite à aborder les conditions et les événements temporisés.
Cette accessibilité favorise l’apprentissage de la programmation. Pour beaucoup d’utilisateurs, le CPC 464 ne sert donc pas uniquement à jouer : il devient leur premier contact avec les variables, les boucles, les conditions et la logique informatique.
Cette accessibilité favorise l’apprentissage de la programmation. Pour beaucoup d’utilisateurs, le CPC 464 ne sert pas uniquement à jouer : il devient leur premier contact avec les variables, les boucles, les conditions et la logique informatique.
Caractéristiques techniques de l’Amstrad CPC 464
- Processeur : Zilog Z80A, cadencé nominalement à 4 MHz
- Mémoire vive : 64 Ko de RAM
- Mémoire morte : firmware et Locomotive BASIC en ROM
- Stockage : lecteur de cassettes compactes intégré
- Mode 0 : 160 × 200 pixels, 16 couleurs affichables
- Mode 1 : 320 × 200 pixels, 4 couleurs affichables
- Mode 2 : 640 × 200 pixels, 2 couleurs affichables
- Palette : 27 teintes matérielles
- Son : générateur AY-3-8912 à trois voies
- Affichage : moniteur monochrome vert ou moniteur couleur
Même avec le moniteur monochrome, l’ordinateur calcule normalement ses couleurs. Celles-ci apparaissent simplement sous différentes intensités de vert. Les logiciels restent donc compatibles avec les deux versions de l’écran.
Sous le clavier du CPC 464, la carte mère révèle l’architecture typique d’un micro-ordinateur du début des années 1980. Le Zilog Z80A constitue le processeur principal, entouré de huit circuits fournissant les 64 Ko de mémoire vive, d’un 6845 chargé de la génération de l’affichage, d’un AY-3-8912 pour le son et d’un 8255 pour les entrées-sorties. Un circuit spécifique à Amstrad, le Gate Array 40010, coordonne plusieurs fonctions essentielles liées notamment à la mémoire et à l’affichage. La grande ROM 40050 visible sur cette version française contient le logiciel système du CPC 464.

Du CPC 464 au CPC 6128
Le CPC 464 ouvre une famille qui comprend notamment le CPC 664, équipé d’un lecteur de disquettes, puis le CPC 6128, doté de 128 Ko de mémoire vive. Amstrad décline ainsi la même architecture pour répondre aux besoins des joueurs, des familles, des établissements scolaires et de certains utilisateurs professionnels.
En 1990, la gamme CPC Plus tente de moderniser la formule avec de meilleures capacités graphiques et une compatibilité avec des cartouches. Cette évolution arrive cependant au moment où les ordinateurs 16 bits, comme l’Amiga et l’Atari ST, occupent déjà une place croissante sur le marché.
Pourquoi le CPC 464 a marqué son époque
Le CPC 464 ne possède ni le processeur le plus rapide ni l’architecture la plus avancée de sa génération. Sa réussite vient de la cohérence de l’ensemble.
Amstrad associe un prix compétitif, un moniteur fourni, un stockage intégré, un BASIC de qualité et un important catalogue de logiciels. Cette combinaison rend la micro-informatique plus compréhensible et plus accessible à un public non spécialiste.
Pour de nombreux Européens, le CPC 464 représente le premier ordinateur utilisé à la maison. Il accompagne la découverte des jeux vidéo, mais aussi celle de la programmation et du fonctionnement d’un ordinateur. C’est cette double identité — machine de loisir et outil d’apprentissage — qui explique sa place durable dans l’histoire de la micro-informatique.
Photo de couverture : Sébastien Inion – HistoireInformatique.info — CC BY 4.0
