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BASIC

Le nom BASIC vient de Beginner’s All-purpose Symbolic Instruction Code : un langage pensé pour que des débutants puissent enfin dialoguer avec l’ordinateur.

Le langage qui a fait entrer la programmation dans les salles de classe

Au début des années 1960, l’ordinateur reste encore une machine distante, coûteuse et intimidante. Dans beaucoup d’universités ou de centres de calcul, programmer signifie préparer des cartes perforées, les confier à un opérateur, puis attendre le résultat. L’interaction directe avec la machine est rare. L’ordinateur n’est pas encore un outil personnel : c’est une ressource centralisée, réservée aux spécialistes.Dans ce contexte, John G. Kemeny et Thomas E. Kurtz, deux mathématiciens du Dartmouth College, défendent une idée alors très moderne : l’informatique ne doit pas être réservée aux ingénieurs, aux mathématiciens ou aux programmeurs professionnels. Les étudiants en sciences humaines, en économie, en biologie ou en lettres doivent eux aussi pouvoir utiliser un ordinateur.
BASIC naît donc d’un objectif pédagogique et politique au sens large : rendre le calcul programmable accessible au plus grand nombre. Là où FORTRAN avait rapproché la programmation des formules scientifiques, BASIC veut aller plus loin : faire de l’ordinateur un outil utilisable par des débutants.

Date d’apparition : 1964

  • 1963 : Dartmouth obtient le financement pour mettre en place un système informatique interactif autour d’un ordinateur General Electric GE-225.
  • 1er mai 1964 : les premiers programmes BASIC sont exécutés à Dartmouth, dans le cadre du Dartmouth Time-Sharing System, souvent abrégé DTSS.
  • Figures clés : John G. Kemeny (1926–1992) et Thomas E. Kurtz (1928–2024), qui conçoivent le langage avec l’aide d’étudiants de Dartmouth.

Le point essentiel n’est pas seulement la création d’un langage. BASIC apparaît avec un environnement interactif. L’utilisateur peut taper un programme, le lancer, corriger une erreur, recommencer. Ce cycle très court — écrire, exécuter, modifier — tranche fortement avec le fonctionnement par lots, où l’on attend parfois longtemps avant de savoir si le programme fonctionne.

BASIC est-il le premier langage de programmation ?

Non. BASIC n’est pas le premier langage de programmation. Avant lui, on trouve déjà l’assembleur, FORTRAN, LISP, COBOL ou ALGOL. Il n’est donc pas pionnier au sens chronologique strict.

Son importance est ailleurs : BASIC est l’un des premiers langages conçus explicitement pour des débutants et pour un usage pédagogique massif. Ce n’est pas seulement un langage de calcul scientifique, ni un langage d’entreprise, ni un langage de recherche. C’est un langage pensé pour apprendre, expérimenter et prendre la main sur la machine.

Cette différence est fondamentale. BASIC ne cherche pas d’abord l’élégance théorique, ni la pureté algorithmique, ni même la performance maximale. Il cherche la simplicité d’accès. Il accepte donc une syntaxe directe, parfois rudimentaire, mais facilement mémorisable.

À quel besoin répond BASIC ?

BASIC répond à un besoin très concret : permettre à quelqu’un qui n’est pas informaticien d’écrire rapidement un programme utile.

Un programme BASIC typique peut ressembler à ceci :

10 PRINT "BONJOUR"
20 INPUT "QUEL EST TON NOM"; N$
30 PRINT "BONJOUR "; N$
40 END

Chaque ligne commence par un numéro. Ces numéros servent à ordonner le programme et à permettre les branchements. La commande PRINT affiche du texte, INPUT demande une saisie, END termine le programme.

Pour un utilisateur des années 1960 ou 1970, cette syntaxe est beaucoup moins intimidante que l’assembleur. On n’a pas besoin de connaître les registres du processeur, les adresses mémoire, les opcodes ou les appels système. L’idée est simple : écrire des instructions proches de l’anglais courant.

BASIC rend donc possible une expérience nouvelle : apprendre la programmation en manipulant immédiatement la machine. L’ordinateur répond. L’erreur devient visible. La correction est rapide. Cette interactivité est l’une des raisons profondes de son succès.

Une rupture : le langage et le temps partagé

Pour comprendre BASIC, il faut le relier au time-sharing, ou temps partagé. L’idée du temps partagé est de permettre à plusieurs utilisateurs d’accéder au même ordinateur depuis des terminaux différents. La machine exécute très rapidement des fragments de calcul pour chacun, donnant l’impression que chaque utilisateur dispose de son propre ordinateur.

À Dartmouth, BASIC et le DTSS forment un couple cohérent : le langage rend la programmation simple, tandis que le système en temps partagé rend l’accès à l’ordinateur immédiat. Sans terminal interactif, BASIC aurait été beaucoup moins révolutionnaire. Sans langage simple, le temps partagé serait resté réservé aux spécialistes.

C’est cette combinaison qui change l’expérience de l’informatique : on ne vient plus seulement déposer un travail à traiter ; on dialogue avec la machine.

Les briques du langage : simplicité, numéros de ligne et commandes directes

Le BASIC original repose sur quelques choix très lisibles :

  • des instructions courtes : PRINT, INPUT, LET, IF, GOTO, FOR, NEXT ;
  • des numéros de ligne : utiles pour insérer, modifier et contrôler l’ordre d’exécution ;
  • des variables simples : souvent représentées par une lettre ou une lettre suivie d’un chiffre ;
  • une exécution interactive : l’utilisateur peut taper RUN, voir le résultat, puis corriger ;
  • une orientation pédagogique : le langage est conçu pour apprendre en faisant.

Exemple classique avec une boucle :

10 FOR I = 1 TO 10
20 PRINT I
30 NEXT I
40 END

Ce programme affiche les nombres de 1 à 10. Le mot-clé FOR introduit une boucle, NEXT revient à l’itération suivante. Pour un débutant, c’est une manière immédiate de comprendre la répétition.

Autre exemple, avec un test :

10 INPUT "DONNE UN NOMBRE"; N
20 IF N > 0 THEN PRINT "POSITIF"
30 IF N < 0 THEN PRINT "NEGATIF"
40 IF N = 0 THEN PRINT "NUL"
50 END

On retrouve ici une idée centrale de la programmation : un programme n’est pas seulement une suite d’instructions, c’est aussi une structure de décisions.

Le rôle de GOTO : puissance et critique

BASIC est souvent associé à l’instruction GOTO. Elle permet de sauter directement vers une autre ligne du programme :

10 PRINT "JE TOURNE"
20 GOTO 10

Ce programme ne s’arrête jamais : il affiche le message en boucle. Pour un débutant, GOTO est facile à comprendre. Mais dans des programmes longs, son usage massif peut rendre le code difficile à lire. On parle parfois de code “spaghetti”, car le flot d’exécution saute dans tous les sens.

C’est l’une des critiques historiques adressées à BASIC : il a permis à des millions de personnes d’apprendre à programmer, mais il a aussi parfois encouragé des habitudes peu structurées. Cette critique doit cependant être nuancée. Le BASIC des débuts n’avait pas la même fonction qu’un langage moderne comme Python, Java ou C#. Il devait fonctionner dans un contexte matériel contraint, avec peu de mémoire, des terminaux simples et des utilisateurs débutants.

Du campus aux micro-ordinateurs

La deuxième vie de BASIC commence dans les années 1970, avec les micro-ordinateurs. Le langage quitte les terminaux universitaires et entre dans les machines personnelles. C’est là que son impact culturel devient immense.

Sur de nombreux micro-ordinateurs familiaux, BASIC est disponible dès l’allumage. Il est parfois intégré en ROM. L’utilisateur démarre la machine et tombe directement sur une invite de commande. Il peut immédiatement taper :

PRINT "HELLO"

ou écrire un petit programme avec des lignes numérotées. Pour toute une génération, apprendre l’informatique commence par ce dialogue minimal avec la machine.

Cette situation a une conséquence profonde : l’ordinateur personnel des années 1970 et 1980 n’est pas seulement une machine à utiliser, c’est une machine à programmer. Acheter un ordinateur signifie souvent recevoir en même temps un langage.

Altair BASIC et le début de Microsoft

En 1975, BASIC joue un rôle majeur dans la naissance de Microsoft. Lorsque l’Altair 8800 attire l’attention des amateurs d’électronique et d’informatique, Paul Allen et Bill Gates développent une version de BASIC pour cette machine. Ce produit, connu sous le nom d’Altair BASIC, devient le premier grand jalon commercial de ce qui deviendra Microsoft.

Le choix de BASIC n’est pas accidentel. Pour un micro-ordinateur, il faut un langage compact, interactif, compréhensible et capable de faire sentir immédiatement à l’utilisateur que la machine est programmable. BASIC répond parfaitement à ce besoin.

À partir de là, de nombreux constructeurs proposent leur propre BASIC ou utilisent des versions dérivées. Apple, Commodore, Tandy/Radio Shack, Atari, Sinclair, Amstrad et d’autres participent à cette diffusion. Le langage devient presque une interface culturelle commune du micro-ordinateur.

BASIC sur les machines familiales : apprendre en expérimentant

Dans les années 1980, BASIC est présent sur de nombreuses machines familiales : Commodore PET, Commodore 64, Apple II, TRS-80, ZX Spectrum, BBC Micro, Thomson TO7/MO5, Amstrad CPC, MSX, etc.

Les manuels de ces machines commencent souvent par quelques programmes très simples : afficher un message, faire une boucle, dessiner une ligne, jouer un son, déplacer un caractère à l’écran. Ce n’est pas anodin. Le langage sert de passerelle entre l’objet technique et l’utilisateur.

Un exemple typique sur micro-ordinateur :

10 FOR I = 1 TO 20
20 PRINT "BASIC"
30 NEXT I

Ce type de programme est élémentaire, mais il donne immédiatement trois idées fondamentales : une instruction, une répétition, une sortie écran. Pour beaucoup d’enfants, d’adolescents et d’autodidactes, c’est la première expérience de programmation.

BASIC a donc joué un rôle que peu de langages ont eu : il a été à la fois un langage d’apprentissage, un environnement de commande et une porte d’entrée vers la culture informatique.

Les limites : trop de dialectes, peu de structure

Le succès de BASIC a aussi créé un problème : il n’existe pas un seul BASIC, mais une multitude de dialectes. Le BASIC de Dartmouth, le BASIC de Microsoft, le BASIC du Commodore 64, celui de l’Apple II, celui de l’Amstrad CPC ou celui du ZX Spectrum ne sont pas identiques.

Cette fragmentation rend les programmes peu portables. Un programme écrit sur une machine peut nécessiter des modifications pour fonctionner sur une autre. Les commandes graphiques, sonores ou matérielles varient fortement selon les constructeurs.

Autre limite : les premières versions de BASIC encouragent souvent une programmation peu structurée. Les sous-programmes existent parfois avec GOSUB et RETURN, mais on reste loin de la structuration moderne avec fonctions, modules, objets, exceptions ou typage élaboré.

Ces limites expliquent pourquoi BASIC sera progressivement remplacé, dans l’enseignement et le développement professionnel, par d’autres langages : Pascal dans certains contextes pédagogiques, puis C, C++, Java, Python ou JavaScript selon les périodes et les usages.

Visual Basic : la transformation professionnelle

BASIC ne disparaît pas avec la fin de l’âge d’or des micro-ordinateurs 8 bits. Il se transforme. En 1991, Microsoft annonce Visual Basic pour Windows. Cette fois, le contexte a changé : l’enjeu n’est plus seulement d’apprendre la programmation, mais de créer rapidement des applications graphiques.

Visual Basic reprend l’esprit d’accessibilité de BASIC, mais l’adapte au monde des fenêtres, des boutons, des formulaires et des événements. Le développeur peut placer visuellement des composants à l’écran, puis écrire le code associé aux actions de l’utilisateur.

Cette approche contribue à populariser le développement rapide d’applications, souvent appelé RAD pour Rapid Application Development. Visual Basic devient très utilisé dans les entreprises, notamment pour créer des outils internes, des interfaces de gestion et des applications connectées à des bases de données.

Impact historique : un langage de démocratisation

L’impact de BASIC ne se mesure pas seulement en performances techniques. Il se mesure en nombre de personnes qui ont découvert la programmation grâce à lui.

FORTRAN a montré qu’un langage de haut niveau pouvait servir le calcul scientifique. COBOL a structuré une partie de l’informatique de gestion. LISP a marqué l’intelligence artificielle et la recherche. BASIC, lui, a rendu la programmation accessible à des publics beaucoup plus larges.

Son importance tient à trois idées :

  • l’accès immédiat : on peut écrire et exécuter un programme très vite ;
  • la lisibilité : les commandes sont proches de mots anglais simples ;
  • l’appropriation personnelle : l’utilisateur n’est pas seulement consommateur de la machine, il peut la programmer.

Dans l’histoire de l’informatique, BASIC est donc un langage charnière. Il ne représente pas la plus grande avancée théorique, ni le modèle le plus rigoureux de programmation. Mais il a changé la relation entre l’humain et la machine. Il a donné à des millions d’utilisateurs l’impression décisive que l’ordinateur pouvait leur obéir directement.


Photo de couverture par Joho345Travail personnel, Domaine public, Lien

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