MK14

MK14

Commercialisé en février 1978 par Science of Cambridge, la société de Clive Sinclair, le MK14 (Microcomputer Kit 14) est un micro-ordinateur en kit que son propriétaire doit assembler et souder lui-même. Équipé du microprocesseur 8 bits National Semiconductor SC/MP II, de seulement 256 octets de RAM, d’un clavier hexadécimal et d’un afficheur à LED, il constitue le premier ordinateur commercialisé par l’entreprise qui donnera bientôt naissance aux ZX80, ZX81 et ZX Spectrum.


Fiche technique

  • Nom : MK14 — Microcomputer Kit 14
  • Constructeur : Science of Cambridge
  • Commercialisation : février 1978
  • Conception initiale : Ian Williamson
  • Processeur : National Semiconductor SC/MP II (INS8060)
  • Architecture : 8 bits
  • Fréquence : environ 4 MHz
  • Mémoire vive : 256 octets de RAM en standard
  • Programme moniteur : 512 octets
  • Clavier : 20 touches, saisie hexadécimale
  • Affichage : afficheur LED à 7 segments
  • Stockage : aucun en standard
  • Extensions : mémoire, entrées-sorties, cassette et affichage vidéo
  • Prix britannique : 39,95 £ hors TVA au lancement
  • Prix en France en 1978 : environ 795 F TTC

Un ordinateur à construire soi-même

En 1978, acheter un MK14 ne signifie pas sortir un ordinateur de sa boîte et l’allumer.

 

MK14 - Publicité

Publicité pour le système MK14 de Science of Cambridge, publiée dans Personal Computer World, 1979. Document reproduit à titre d’illustration historique. © ayants droit respectifs.

L’utilisateur reçoit un circuit imprimé accompagné de composants électroniques qu’il doit installer puis souder. Résistances, condensateurs, circuits intégrés, afficheur et clavier doivent prendre place sur la carte avant que la machine puisse fonctionner.

Science of Cambridge présente alors le montage comme accessible à un amateur disposant essentiellement d’un fer à souder à panne fine et de quelques heures de travail.

Le MK14 appartient ainsi à cette première génération d’ordinateurs destinés aux passionnés d’électronique, comme l’Altair 8800 apparu quelques années auparavant aux États-Unis.

Les deux machines sont cependant très différentes. L’Altair est construit autour d’un châssis et d’un bus permettant de recevoir plusieurs cartes d’extension. Le MK14 cherche au contraire à réduire le coût au minimum : l’essentiel de l’ordinateur tient sur une seule carte électronique.


Ian Williamson imagine un ordinateur très bon marché

L’histoire du MK14 commence en 1977 avec l’ingénieur britannique Ian Williamson.

Les microprocesseurs commencent alors à se diffuser dans l’industrie, mais les systèmes permettant d’apprendre à les programmer restent coûteux.

Williamson imagine donc une petite machine permettant aux étudiants, techniciens et ingénieurs de découvrir le fonctionnement d’un microprocesseur pour une fraction du prix des systèmes professionnels.

Il choisit le SC/MP de National Semiconductor et lui associe seulement 256 octets de mémoire.

Pour son premier prototype, Williamson récupère même le clavier et l’afficheur d’une calculatrice Sinclair Cambridge.

Cette solution pose cependant un problème : l’afficheur de la calculatrice ne peut représenter que les chiffres de 0 à 9. Williamson programme donc son prototype en octal, et non en hexadécimal.

En août 1977, il présente son projet à Clive Sinclair et Chris Curry.


Le prototype de Williamson n’est pas exactement le MK14 commercial

Science of Cambridge s’intéresse au concept mais contacte également National Semiconductor pour obtenir les composants nécessaires.

Le fabricant de semi-conducteurs propose alors une conception utilisant ses propres circuits SC/MP.

La machine finalement commercialisée s’éloigne donc du prototype original de Williamson tout en conservant son idée fondamentale : proposer un ordinateur d’apprentissage extrêmement économique.

Un jeune ingénieur de Cambridge intervient également dans cette phase du projet : Steve Furber.

Il participe à la construction et au débogage du prototype de la version destinée à être commercialisée. Furber rejoindra ensuite Acorn, participera à la création du BBC Micro puis jouera un rôle majeur dans la conception du premier processeur ARM.

Le MK14 se retrouve ainsi, presque par hasard, au croisement de plusieurs futures grandes figures de la micro-informatique britannique.


Seulement 256 octets de mémoire

Les caractéristiques du MK14 paraissent aujourd’hui minuscules.

La machine possède seulement : 256 octets de RAM.

Pas 256 kilo-octets ni 256 mégaoctets : seulement quelques centaines d’octets pour stocker les données et les programmes de l’utilisateur.

Le MK14 ne dispose ni de système d’exploitation, ni de BASIC, ni d’éditeur de texte.

Un petit programme de 512 octets, appelé monitor, permet principalement d’examiner la mémoire, de modifier son contenu et de lancer l’exécution d’un programme.

L’utilisateur programme donc pratiquement au niveau le plus élémentaire de la machine.

Les instructions du processeur SC/MP sont converties en valeurs hexadécimales, puis saisies directement au clavier.

Chaque valeur placée en mémoire correspond réellement à une instruction ou à une donnée que le processeur va utiliser.

Le MK14 constitue ainsi une excellente illustration de la programmation des premiers micro-ordinateurs : le programmeur travaille pratiquement octet par octet avec la machine.


Des jeux sur quelques afficheurs LED

Malgré ses limitations, le MK14 ne sert pas uniquement à expérimenter quelques instructions.

Sa documentation propose de nombreux petits programmes consacrés aux mathématiques, à l’électronique, à la musique ou aux jeux.

On trouve notamment des versions de Mastermind ainsi qu’un programme d’alunissage appelé Moon Landing.

Il n’existe évidemment aucun véritable écran graphique.

Les informations sont représentées avec les quelques afficheurs LED à 7 segments de la machine. Le joueur entre ses commandes au clavier et observe les valeurs numériques produites par le programme.

Le MK14 peut également être utilisé pour commander des circuits électroniques externes. Cette possibilité le rapproche autant d’une carte de développement moderne que d’un ordinateur personnel au sens où nous l’entendons aujourd’hui.


De la cassette à l’affichage sur téléviseur

Science of Cambridge développe progressivement plusieurs extensions destinées au MK14.

Il devient notamment possible d’ajouter :

  • de la mémoire supplémentaire ;
  • des lignes d’entrées-sorties ;
  • une interface cassette permettant de sauvegarder les programmes ;
  • un programmateur de mémoire PROM ;
  • une carte d’affichage vidéo.

Cette dernière, appelée VDU, permet de connecter le MK14 à un téléviseur et d’obtenir un affichage beaucoup plus élaboré que les simples chiffres du système d’origine.

La petite carte de développement initiale peut donc progressivement évoluer vers un véritable petit système informatique.


Le MK14 était également vendu en France

Le MK14 n’est pas uniquement commercialisé au Royaume-Uni.

publicite pour le MK14

Publicité française pour le MK14 de Science of Cambridge, Le Haut-Parleur, n°1632, mai 1978, p. 262.

Dès mai 1978, le MK14 est proposé en France. Une publicité publiée dans Le Haut-Parleur n°1632 annonce sa disponibilité à partir du 15 mai 1978, au prix de 795 francs TTC.

Le kit est accompagné d’un manuel de montage et de programmation rédigé en français, comprenant plus de 60 pages d’explications et d’exemples de programmes.

La machine est alors distribuée par plusieurs revendeurs spécialisés, notamment à Paris, Nanterre et Bordeaux.

Cette commercialisation est particulièrement intéressante pour replacer le MK14 dans l’histoire de la micro-informatique française.

Dès 1978, un amateur français peut donc acheter un micro-ordinateur en kit, sortir son fer à souder, assembler les composants puis commencer à programmer directement son processeur.


Du MK14 à Sinclair et Acorn

Le MK14 reste une machine destinée avant tout aux amateurs et aux personnes souhaitant comprendre les microprocesseurs.

Mais son succès montre qu’il existe au Royaume-Uni un marché pour des ordinateurs personnels extrêmement bon marché.

Science of Cambridge poursuivra cette stratégie avec des machines beaucoup plus accessibles au grand public.

En 1980, le ZX80 remplace les afficheurs LED et la programmation directe en code machine par un véritable affichage sur téléviseur et un interpréteur BASIC.

Il utilise notamment le processeur Z80, qui deviendra ensuite l’un des processeurs emblématiques de la micro-informatique des années 1980.

Parallèlement, Chris Curry quitte l’environnement Sinclair et participe à la création d’Acorn Computers.

Plusieurs personnes ayant travaillé autour du MK14 se retrouveront ainsi quelques années plus tard au cœur d’une autre grande aventure de l’informatique britannique.


Combien de MK14 ont été vendus ?

Le nombre exact de machines commercialisées reste difficile à établir.

Certaines sources modernes avancent un total supérieur à 50 000 exemplaires.

Ce chiffre doit cependant être utilisé avec prudence.

En 1981, Chris Curry estimait lui-même les ventes du MK14 à environ 15 000 machines.

En l’absence de documents commerciaux permettant de confirmer précisément les chiffres les plus élevés, cette estimation contemporaine constitue probablement la valeur la plus prudente.


Pourquoi le MK14 est important

Le MK14 n’est ni le premier micro-ordinateur de l’histoire ni le premier ordinateur commercialisé sous forme de kit.

Son importance se situe ailleurs.

En 1978, Science of Cambridge parvient à proposer pour quelques dizaines de livres un système programmable suffisamment simple et économique pour être construit par un amateur sur une table.

Avec ses 256 octets de RAM, son clavier hexadécimal et ses afficheurs LED, le MK14 représente une période très particulière de l’histoire de la micro-informatique.

Posséder un ordinateur signifie encore parfois assembler soi-même la machine, souder ses composants et entrer directement les instructions que son processeur doit exécuter.

Deux ans plus tard, le ZX80 amorcera une nouvelle étape : l’ordinateur ne sera plus seulement une machine que l’on construit pour apprendre son fonctionnement, mais un produit destiné à entrer dans les foyers.


Repères chronologiques

  • 1977 : Ian Williamson réalise son prototype de micro-ordinateur économique autour du SC/MP.
  • Août 1977 : présentation du projet à Clive Sinclair et Chris Curry.
  • Février 1978 : Science of Cambridge commence à commercialiser le MK14.
  • Juin 1978 : le MK14 est proposé en France pour 795 F TTC.
  • 1978-1979 : apparition de nouvelles versions et de plusieurs extensions.
  • 1980 : Science of Cambridge lance le ZX80.

Sources et références

  • Science of Cambridge, documentation et publicités originales consacrées au MK14, 1978-1979.
  • Practical Wireless, février 1978, publicité originale du MK14.
  • Practical Electronics, 1979, essai et description technique du MK14.
  • Radio Plans, n°367, juin 1978, publicité française et tarif du MK14.
  • Elektor France, 1978, publicités et extensions du MK14 distribuées en France.
  • Tony Smith, Ian Williamson: The engineer who gave Sinclair his first micro, témoignages d’Ian Williamson, Chris Curry et Steve Furber.

Photo de couverture par Andrew Steers — Travail personnel, CC0, Lien

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