Altair 8800
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Altaïr 8800

Altair 8800 : le coup de poker !

Au milieu des années 1970, l’informatique demeure dominée par les ordinateurs centraux et les mini-ordinateurs, réservés aux grandes organisations, aux universités et à l’industrie. L’idée qu’un individu puisse posséder son propre ordinateur programmable reste marginale, tant pour des raisons techniques qu’économiques.

À titre de comparaison, un ordinateur central coûte alors entre plusieurs centaines de milliers et plusieurs millions de dollars, sans compter les infrastructures et le personnel nécessaires à son exploitation. Les mini-ordinateurs, plus compacts, restent proposés à des prix compris entre 20 000 et 100 000 dollars. À l’opposé de ces systèmes, l’Altair 8800 est commercialisé en 1975 pour moins de 400 dollars en kit, soit un coût sans précédent pour un ordinateur programmable.

C’est dans ce contexte qu’apparaît l’Altair 8800. Machine rudimentaire, vendue en kit et difficile à utiliser dans sa configuration initiale, elle marque pourtant un tournant majeur de l’histoire de l’informatique. Non parce qu’elle serait le premier micro-ordinateur, mais parce qu’elle ouvre la voie à une informatique personnelle, modulaire et évolutive.

Intel 8080 : un socle technique décisif

L’Altair 8800 repose sur le microprocesseur Intel 8080, commercialisé en avril 1974. Ce processeur 8 bits peut adresser jusqu’à 64 Ko de mémoire et offre des performances suffisantes pour concevoir un ordinateur généraliste programmable.

Affiché à un prix public d’environ 350 dollars, l’Intel 8080 constitue une avancée majeure par rapport aux microprocesseurs précédents. Il rend possible l’exécution de langages de haut niveau et, à terme, l’utilisation de systèmes d’exploitation simples. Ce composant fournit ainsi la base technique nécessaire à la conception de l’Altair 8800.

MITS et le pari industriel d’Ed Roberts

La société MITS (Micro Instrumentation and Telemetry Systems), fondée par Ed Roberts, traverse une crise profonde au début des années 1970. Initialement spécialisée dans les kits électroniques et les calculatrices, elle subit la concurrence directe des grands industriels.

Pour sauver son entreprise, Ed Roberts tente un pari audacieux : concevoir un ordinateur basé sur l’Intel 8080 et le vendre sous forme de kit à assembler soi-même. Cette approche permet de réduire les coûts tout en s’adressant à un public d’amateurs éclairés et de passionnés d’électronique.

Une opportunité matérielle

Contrairement à une idée répandue, Intel n’accorde pas de remise commerciale particulière à MITS. La clé du projet réside dans l’achat en volume de microprocesseurs Intel 8080 déclassés pour des défauts esthétiques (cosmetically blemished), mais parfaitement fonctionnels.

Ces processeurs sont acquis pour environ 75 dollars l’unité, alors que leur prix public avoisine 350 dollars. Cette opportunité change radicalement l’économie du projet : il devient possible de proposer un ordinateur complet à un prix proche de celui d’un microprocesseur vendu seul au tarif public.

La une de Popular Electronics

En janvier 1975, l’Altair 8800 fait la couverture du magazine Popular Electronics. Présentée comme une machine puissante et accessible, elle suscite un engouement immédiat. En quelques semaines, MITS reçoit des milliers de commandes, bien au-delà de ses capacités initiales.

Présentation de l’ordinateur en kit « Altair 8800 » dans la revue Popular Electronics – 1975

Pour la première fois, un ordinateur programmable s’adresse directement à des particuliers, des enseignants et des ingénieurs indépendants. Cette publication marque le point de départ visible de la micro-informatique grand public.

Une machine rudimentaire, héritée des mini-ordinateurs

Dans sa configuration de base, l’Altair 8800 ne dispose ni de clavier, ni d’écran, ni de dispositif de stockage. L’interaction s’effectue via un panneau frontal composé d’interrupteurs et de voyants lumineux.

Les programmes sont saisis directement en code machine, instruction par instruction. Cette méthode, héritée des mini-ordinateurs, montre que l’Altair 8800 n’est pas encore un ordinateur grand public, mais une plateforme d’expérimentation destinée à des utilisateurs avertis.

Le bus S-100 : une architecture ouverte

L’un des apports majeurs de l’Altair 8800 est son bus interne, connu sous le nom de bus S-100. Celui-ci permet l’ajout de cartes d’extension : mémoire, interfaces série, contrôleurs de cassettes ou de disquettes.

Rapidement repris par d’autres constructeurs, le bus S-100 devient un standard de fait. Cette architecture ouverte favorise l’émergence d’un écosystème matériel et transforme l’Altair en une base évolutive.

Le BASIC : rendre l’Altair programmable

L’Altair 8800 reste difficile à exploiter tant qu’il nécessite une programmation en code machine. En 1975, l’arrivée d’un interpréteur BASIC développé par Bill Gates et Paul Allen change profondément la situation.

Altair BASIC permet de programmer la machine à l’aide d’un langage de haut niveau, rendant l’ordinateur plus accessible pour l’apprentissage et le développement logiciel. Cette étape est déterminante et marque également la naissance de Microsoft.

Périphériques et systèmes : vers un usage concret

Grâce au bus S-100, l’Altair 8800 peut être relié à des terminaux, puis à des lecteurs de cassettes et de disquettes. Ces extensions transforment progressivement la machine en un véritable système informatique.

À la fin des années 1970, l’apparition du système d’exploitation CP/M permet d’unifier le fonctionnement des machines basées sur l’Intel 8080 et de structurer un marché du logiciel micro-informatique.

Une ébauche fondatrice de l’ordinateur personnel

L’Altair 8800 n’est pas encore l’ordinateur personnel moderne. Il reste complexe, peu convivial et réservé à un public averti. Pourtant, son importance historique est majeure.

Il démontre qu’un ordinateur programmable peut être construit autour d’un microprocesseur, vendu à grande échelle, étendu par des périphériques et enrichi par des logiciels. En ce sens, l’Altair 8800 constitue un point de bascule entre l’informatique institutionnelle et la micro-informatique personnelle.

Revivre l’expérience Altair aujourd’hui

Pour les passionnés souhaitant retrouver l’expérience « vintage » de l’Altair 8800, il existe aujourd’hui des reproductions modernes respectant l’esprit de la machine originale. Un exemple notable est un kit émulateur basé sur Arduino, permettant de recréer le fonctionnement de l’Altair tout en utilisant des composants contemporains. Plus d’informations sont disponibles à l’adresse suivante : https://adwaterandstir.com/product/altair-8800-emulator-kit/.


Photo de couverture : Michael Holley — Domaine public, Wikimedia Commons.

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