BASIC
RUN.BASIC en quelques dates
- Créateurs : John G. Kemeny et Thomas E. Kurtz, avec la participation d’étudiants de Dartmouth
- Lieu : Dartmouth College, États-Unis
- Première exécution : 1er mai 1964
- Signification : Beginner’s All-purpose Symbolic Instruction Code
- Objectif : rendre la programmation accessible aux non-spécialistes
- Environnement initial : Dartmouth Time-Sharing System (DTSS)
- Seconde grande période : micro-informatique des années 1970 et 1980
- Héritiers : nombreux dialectes BASIC, QuickBASIC, Visual Basic et autres variantes
Pourquoi créer un langage pour les débutants ?
Au début des années 1960, utiliser un ordinateur reste compliqué. Dans de nombreux centres de calcul, le programme est préparé sur cartes perforées puis confié à un opérateur. Le résultat arrive plus tard. Une erreur minuscule peut donc entraîner un nouveau cycle de préparation et d’attente.
John Kemeny et Thomas Kurtz veulent une informatique différente. À Dartmouth, ils considèrent que l’ordinateur ne doit pas être réservé aux mathématiciens, ingénieurs et spécialistes. Un étudiant en économie, en biologie ou en sciences humaines doit lui aussi pouvoir l’utiliser.
Le problème ne consiste pas seulement à simplifier la syntaxe. Il faut également donner aux utilisateurs un accès direct à la machine. C’est ici que BASIC rencontre une autre innovation majeure : le time-sharing, ou temps partagé.
1er mai 1964 : BASIC et le temps partagé naissent ensemble
Le Dartmouth Time-Sharing System permet à plusieurs personnes d’utiliser simultanément le même ordinateur depuis différents terminaux. Pendant qu’un utilisateur réfléchit ou saisit une commande, la machine peut travailler pour les autres.
Dans la nuit du 1er mai 1964, les premiers programmes BASIC s’exécutent avec succès sur le système de Dartmouth. Ce moment compte autant pour le langage que pour l’expérience utilisateur : on peut désormais écrire une instruction, lancer le programme et recevoir presque immédiatement une réponse.
Le cycle devient très court : écrire → exécuter → observer → corriger → recommencer
Cette boucle paraît banale aujourd’hui. À l’époque, elle change profondément l’apprentissage de la programmation. L’erreur n’oblige plus à attendre le prochain traitement par lots : elle devient une étape normale de l’expérimentation.
Pourquoi BASIC est-il si facile à apprendre ?
Kemeny et Kurtz choisissent volontairement des instructions courtes et relativement explicites :
PRINT
INPUT
LET
IF
THEN
GOTO
FOR
NEXT
END
Un programme peut ainsi ressembler à ceci :
10 PRINT "QUEL EST TON NOM ?"
20 INPUT N$
30 PRINT "BONJOUR "; N$
40 END
Le principe reste immédiatement perceptible. PRINT affiche quelque chose, INPUT attend une réponse et END termine le programme. Le débutant peut obtenir un résultat sans connaître les registres du processeur, les opcodes ou les adresses mémoire.
Les numéros placés au début des lignes indiquent leur ordre et servent également de destination aux branchements. Une boucle peut par exemple s’écrire :
10 FOR I = 1 TO 10
20 PRINT I
30 NEXT I
40 END
En quatre lignes, l’utilisateur découvre déjà une notion fondamentale de la programmation : répéter automatiquement une opération.
Et le fameux GOTO ?
BASIC reste célèbre pour son instruction GOTO, qui permet de poursuivre l’exécution à une autre ligne. Elle est extrêmement simple à comprendre mais devient problématique lorsqu’elle est utilisée partout dans un programme important. Les sauts s’entrecroisent alors et produisent ce que l’on appellera du « code spaghetti ».
Cette critique est justifiée, mais elle doit être replacée dans son contexte. Le BASIC original cherche d’abord à permettre à un débutant de comprendre rapidement le déroulement d’un programme, pas à construire des applications de plusieurs millions de lignes.
1975 : Altair BASIC et les débuts de Microsoft
Une dizaine d’années après Dartmouth, BASIC rencontre la révolution du micro-ordinateur.
En 1975, l’Altair 8800 attire l’attention des passionnés. La machine est fascinante, mais son utilisation reste extrêmement rudimentaire lorsqu’elle est programmée directement depuis ses interrupteurs.
Paul Allen, Bill Gates et Monte Davidoff mettent au point un interpréteur BASIC destiné à l’Altair. Altair BASIC devient le premier produit majeur de Micro-Soft, future Microsoft.
Le choix du langage est logique. Une machine personnelle devient beaucoup plus intéressante lorsqu’elle permet à son propriétaire de taper directement :
PRINT "HELLO"
et d’obtenir aussitôt une réponse. BASIC transforme le micro-ordinateur d’un objet électronique à expérimenter en une machine que l’on peut véritablement programmer.
BASIC devient le langage des micro-ordinateurs
À la fin des années 1970 puis au début des années 1980, BASIC se retrouve sur une multitude de machines. Souvent stocké en ROM, il apparaît quelques secondes après la mise sous tension.
On le rencontre notamment sur l’Apple II, le Commodore PET, le Sinclair ZX81, le Commodore 64, le Thomson MO5 ou encore l’Amstrad CPC 464.
Mais tous ces BASIC ne sont pas identiques. Certains dérivent du BASIC de Microsoft, tandis que d’autres sont développés indépendamment. Le ZX81 utilise par exemple le Sinclair BASIC, alors que l’Amstrad CPC possède l’excellent Locomotive BASIC.
Cette diversité explique une scène familière des années 1980 : les magazines publient un listing en précisant la machine concernée. Un programme écrit pour Commodore 64 peut nécessiter plusieurs modifications avant de fonctionner sur un Amstrad ou un Thomson, notamment pour les graphismes, les couleurs et le son.
Pourtant, beaucoup de concepts restent communs. Un adolescent qui comprend FOR, NEXT, IF ou GOTO sur une machine retrouve rapidement ses repères sur une autre.
Quand acheter un ordinateur signifiait aussi apprendre à programmer
C’est probablement la différence la plus importante avec l’informatique personnelle actuelle. Dans les années 1980, l’utilisateur qui allume son micro-ordinateur ne découvre pas forcément un catalogue d’applications. Il arrive souvent directement devant un interpréteur BASIC.
Les manuels expliquent comment afficher un message, calculer une moyenne, dessiner une ligne ou déplacer un personnage. Les livres et magazines publient des listings qu’il faut saisir à la main. Pour jouer, il faut parfois commencer par taper le programme.
La frontière entre utilisateur et programmeur reste donc très mince. On peut modifier une valeur, changer le nombre de vies, accélérer un déplacement puis essayer de comprendre pourquoi le programme ne fonctionne plus.
BASIC devient ainsi bien plus qu’un langage. Il constitue pour toute une génération la porte d’entrée vers le fonctionnement de l’ordinateur.
Le succès de BASIC crée aussi ses limites
La multiplication des dialectes finit par devenir un problème. Les commandes propres au matériel rendent les programmes difficilement portables et deux machines présentées comme « compatibles BASIC » peuvent utiliser des syntaxes différentes.
Par ailleurs, les premiers dialectes restent peu structurés. L’utilisation intensive des numéros de ligne et de GOTO devient difficile à maintenir lorsque les programmes grossissent.
D’autres langages prennent progressivement une place plus importante dans l’enseignement et le développement professionnel. Pascal insiste davantage sur la programmation structurée, tandis que C puis C++, Java ou Python répondent à d’autres générations de besoins.
BASIC évolue lui aussi. Les versions plus récentes introduisent des procédures, des fonctions et des structures de contrôle qui s’éloignent fortement du BASIC des premiers micro-ordinateurs.
De BASIC à Visual Basic
En 1991, Microsoft lance Visual Basic pour Windows. L’idée d’accessibilité subsiste, mais l’environnement change complètement.
Le développeur construit désormais une interface avec des fenêtres, des boutons et des formulaires puis associe du code aux événements produits par l’utilisateur. Cette approche participe au développement du Rapid Application Development et rencontre un succès considérable dans les entreprises.
Visual Basic n’est donc pas simplement le BASIC d’un Commodore ou d’un ZX81 transporté sous Windows. Il illustre plutôt la capacité de la famille BASIC à évoluer tout en conservant son principe historique : permettre d’obtenir rapidement un programme fonctionnel.
Pourquoi BASIC est important dans l’histoire de l’informatique
BASIC n’a pas révolutionné la programmation par une innovation théorique unique. D’autres langages avaient déjà ouvert la voie : FORTRAN pour le calcul scientifique, FLOW-MATIC puis COBOL pour la gestion ou LISP pour la recherche.
Son apport est différent. BASIC associe trois éléments particulièrement puissants :
- une syntaxe accessible qui permet de commencer rapidement ;
- une utilisation interactive dans laquelle le résultat apparaît presque immédiatement ;
- une diffusion massive grâce aux micro-ordinateurs personnels.
Cette combinaison transforme la relation avec la machine. L’utilisateur ne se contente plus de demander à l’ordinateur d’exécuter un logiciel écrit par quelqu’un d’autre : il peut lui donner ses propres instructions.
Pour des millions de personnes ayant découvert l’informatique dans les années 1970 et 1980, la première expérience de programmation tient parfois en une seule ligne :
10 PRINT "BONJOUR"
Puis venait la commande :
RUN
Et l’ordinateur répondait. C’est probablement là que se trouve l’héritage le plus important de BASIC.
Repères chronologiques
- 1964 : John Kemeny et Thomas Kurtz créent BASIC au Dartmouth College.
- 1er mai 1964 : premiers programmes BASIC exécutés dans le Dartmouth Time-Sharing System.
- Années 1960 : BASIC se diffuse dans l’enseignement et sur les systèmes en temps partagé.
- 1975 : Altair BASIC devient l’un des premiers produits de Microsoft.
- Fin des années 1970 : BASIC se généralise sur les premiers micro-ordinateurs personnels.
- Années 1980 : des dizaines de dialectes accompagnent les ordinateurs familiaux.
- 1991 : lancement de Visual Basic pour Windows.
Sources principales
- John G. Kemeny et Thomas E. Kurtz, documentation et publications consacrées au Dartmouth BASIC.
- Dartmouth College, archives du Dartmouth Time-Sharing System et de BASIC.
- Computer History Museum, archives consacrées à BASIC et à la micro-informatique.
- Manuels et documentations des principaux BASIC utilisés sur micro-ordinateurs.
Photo de couverture par Joho345 — Travail personnel, Domaine public, Lien.
