L'ordinateur individuel

L’Ordinateur Individuel

L’Ordinateur Individuel est un magazine français de micro-informatique lancé en octobre 1978 par le Groupe Tests. Il fait partie, avec Micro-Systèmes, des titres fondateurs de la presse consacrée à la micro-informatique personnelle en France. Pendant près de trente-cinq ans, il accompagne le passage de l’ordinateur, encore réservé à quelques spécialistes à la fin des années 1970, vers un objet présent dans les foyers et sur les bureaux.
L’Ordinateur Individuel n’est pourtant pas le premier magazine informatique français. Des publications professionnelles existent déjà, notamment 01 Informatique depuis 1966 et Minis et Micros depuis 1975. Même parmi les deux grands pionniers de la presse micro de 1978, Micro-Systèmes le précède de quelques semaines : son premier numéro paraît le 8 septembre, tandis que le n°1 de L’Ordinateur Individuel est daté d’octobre 1978.
Son importance historique se situe ailleurs : L’Ordinateur Individuel regarde très tôt l’informatique du point de vue de celui qui va acheter, utiliser et programmer sa propre machine. Son titre résume à lui seul la révolution en cours : l’ordinateur est en train de devenir personnel.
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Couverture du premier numéro de L’Ordinateur Individuel, octobre 1978.
Dès son lancement, le magazine affiche son ambition : rendre la micro-informatique accessible au plus grand nombre, avec des essais de machines et des dossiers consacrés aux premiers usages de l’ordinateur personnel.

L’Ordinateur Individuel en quelques repères

Titre L’Ordinateur Individuel
Abréviation courante L’OI
Premier numéro Octobre 1978
Éditeur d’origine Groupe Tests
Orientation Micro-informatique personnelle et grand public
Contenu Essais, comparatifs, programmation, logiciels, périphériques, actualité et usages
Série originale 1978 – juillet/août 2010
2010 Fusion avec SVM et PC Expert
2012 Retour au titre L’Ordinateur individuel
2013 Fusion avec Micro Hebdo et création de 01net Magazine

1978 : quand l’ordinateur commence à devenir personnel

Pour comprendre l’importance de L’Ordinateur Individuel, il faut revenir à la France de 1978. L’informatique existe depuis plusieurs décennies, mais pour la majorité du public, un ordinateur reste encore une machine coûteuse installée dans une grande entreprise, une administration, une université ou un centre de calcul. On peut utiliser un terminal, mais la machine elle-même appartient généralement à une organisation et ses ressources sont partagées entre plusieurs utilisateurs.

Le développement du microprocesseur commence pourtant à bouleverser cette situation. Des machines comme l’Altair 8800 ou le KIM-1 ont déjà montré qu’un ordinateur pouvait devenir beaucoup plus petit et beaucoup moins coûteux. Puis, à partir de 1977, l’Apple II, le Commodore PET et le TRS-80 proposent une nouvelle génération de micro-ordinateurs plus proches d’un produit fini que des premiers kits réservés aux électroniciens.

En France, ces machines commencent justement à arriver au moment où paraît L’Ordinateur Individuel. Pour la première fois, un particulier peut raisonnablement envisager une idée encore nouvelle : acheter un ordinateur pour lui-même. Il faut désormais expliquer ces machines, les comparer, apprendre à les utiliser et surtout montrer à quoi elles peuvent servir. C’est précisément l’espace que la nouvelle presse micro va occuper.

Est-ce le premier magazine français de micro-informatique ?

La réponse demande une nuance. L’Ordinateur Individuel n’est pas le premier journal français consacré à l’informatique. Le Groupe Tests publie déjà 01 Informatique depuis 1966 et Minis et Micros depuis 1975. Ces titres s’adressent cependant largement au monde professionnel, aux entreprises et aux spécialistes.

En 1978 apparaît une nouvelle génération de publications davantage tournée vers le micro-ordinateur. Micro-Systèmes est le premier des deux grands titres à sortir : son n°1 paraît le 8 septembre 1978 et couvre septembre-octobre. L’Ordinateur Individuel suit avec son premier numéro daté d’octobre 1978.

Il est donc plus juste de présenter Micro-Systèmes et L’Ordinateur Individuel comme deux publications fondatrices de la presse micro-informatique française plutôt que d’attribuer abusivement à L’OI le titre de premier magazine informatique français.

Micro-Systèmes et L’Ordinateur Individuel : deux visions du micro

La proximité des dates ne signifie pas que les deux revues proposent exactement la même approche. La publicité de lancement de Micro-Systèmes le présente comme un « carrefour entre l’électronique et l’informatique », destiné aux amateurs et aux professionnels souhaitant accéder à la réalisation et à la programmation de leur propre micro-ordinateur. Cette formulation correspond encore beaucoup à la culture des années 1970 : comprendre le microprocesseur, construire des circuits et maîtriser techniquement la machine.

L’Ordinateur Individuel participe davantage au déplacement du regard vers l’utilisateur. Comment choisir un ordinateur ? Combien coûte-t-il ? Quels logiciels possède-t-il ? Que peut-on réellement faire avec lui ? Est-il adapté à la programmation, à l’enseignement, aux jeux ou à la gestion ?

La différence ne doit pas être exagérée, car les deux magazines parlent à la fois de technique et de programmation. Mais leur positionnement permet de résumer deux évolutions parallèles de la micro-informatique : Micro-Systèmes reste fortement lié à la culture de l’électronique, tandis que L’Ordinateur Individuel accompagne plus directement l’arrivée du micro comme produit destiné à son utilisateur.

Un nom qui résume une révolution

Le choix du titre L’Ordinateur Individuel est particulièrement révélateur. Aujourd’hui, l’expression paraît presque désuète : nous parlons simplement d’un ordinateur, d’un PC ou d’un Mac. À la fin des années 1970, le vocabulaire n’est pas encore stabilisé et l’idée même qu’une personne puisse disposer de sa propre machine reste récente.

Le mot individuel exprime donc une rupture profonde. L’utilisateur n’est plus seulement relié à distance à la puissance de calcul d’une organisation : la machine arrive directement sur son bureau. Il peut l’allumer quand il le souhaite, écrire ses propres programmes, enregistrer ses données sur cassette ou disquette et choisir lui-même ses périphériques.

L’Ordinateur Individuel n’a évidemment pas provoqué cette transformation, mais son nom en constitue une excellente photographie. Le magazine apparaît exactement au moment où l’informatique commence à passer d’une logique de ressources partagées à celle d’une personne, une machine.

46 ordinateurs à comparer dès décembre 1978

Cette nouvelle liberté pose immédiatement un problème au futur acheteur : quel ordinateur choisir ? Le marché est alors extraordinairement fragmenté. Il n’existe pas de standard dominant et chaque constructeur peut proposer son propre processeur, son BASIC, ses périphériques, son système de stockage et ses formats incompatibles avec ceux des concurrents.

L’Ordinateur Individuel comprend très vite l’importance de cette question. Dès son n°3 de décembre 1978, le magazine publie un dossier consacré à 46 ordinateurs proposés entre 900 et 25 000 francs. Quelques semaines seulement après le lancement de la revue, le lecteur dispose donc déjà d’un véritable panorama du marché.

C’est l’une des fonctions historiques majeures de la presse micro. Avant les moteurs de recherche, les forums, YouTube et les comparateurs en ligne, il faut s’appuyer sur les magazines pour découvrir les machines disponibles, connaître leur prix et comprendre leurs différences. La revue devient une carte d’un marché encore difficile à déchiffrer.

Expliquer à quoi peut servir un micro-ordinateur

Choisir une machine n’est qu’une partie du problème. À la fin des années 1970, beaucoup de lecteurs doivent encore répondre à une question plus fondamentale : que peut-on réellement faire avec un ordinateur chez soi ?

L’Ordinateur Individuel participe à cette découverte. Le micro peut servir à programmer, effectuer des calculs, jouer, gérer des informations, produire des graphiques ou expérimenter de nouvelles applications dans l’enseignement et les petites entreprises. Les possibilités paraissent immenses, mais elles sont encore mal connues du public.

Le magazine ne présente donc pas seulement des caractéristiques techniques. Il contribue aussi à construire les usages de l’informatique personnelle. Cette fonction est essentielle : pour qu’un véritable marché grand public apparaisse, il ne suffit pas de fabriquer des micro-ordinateurs, il faut également donner aux gens des raisons de les acheter.

Programmer faisait encore partie de l’utilisation normale

La programmation occupe naturellement une place importante dans les premiers numéros. À cette époque, posséder un ordinateur signifie très souvent apprendre au moins quelques instructions de BASIC. Le lecteur peut recopier un programme publié dans la revue, l’exécuter, corriger ses erreurs puis commencer à le modifier.

Le logiciel n’est pas encore cette boîte noire que l’on télécharge et installe en quelques secondes. Le code reste visible et accessible : une boucle peut être modifiée, une valeur changée, un affichage adapté. La presse joue ainsi un véritable rôle de formation à la programmation.

Quelques années plus tard, Hebdogiciel fera du programme à recopier l’un des fondements de son identité. L’Ordinateur Individuel conserve une approche plus large : les listings côtoient les essais de machines, les comparatifs, les logiciels, les applications et l’actualité du secteur.

« Le magazine de l’informatique pour tous »

Cette volonté de démocratisation apparaît rapidement sur les couvertures. En 1979, L’Ordinateur Individuel se présente déjà comme « le magazine de l’informatique pour tous ». La formule résume bien l’évolution que la revue accompagne.

L’informatique ne concerne plus seulement l’ingénieur capable de comprendre chaque circuit de la machine. Elle peut intéresser un enseignant, un étudiant, un joueur, un programmeur débutant, un artisan, une petite entreprise ou simplement quelqu’un intrigué par cette nouvelle technologie. La micro-informatique commence à élargir son public.

Cette démocratisation ne repose pas seulement sur la baisse du prix des machines. Elle nécessite des boutiques, des logiciels, des livres, des clubs d’utilisateurs et une presse capable d’expliquer le nouvel univers qui se met en place. L’Ordinateur Individuel participe à la construction de cet écosystème.

Une archive exceptionnelle de la naissance de la micro

Les anciens numéros possèdent aujourd’hui une valeur historique qui dépasse largement la nostalgie. Ils montrent les machines telles qu’elles étaient perçues au moment de leur apparition, avant que l’histoire ne décide lesquelles deviendraient célèbres et lesquelles disparaîtraient. Les publicités donnent les prix pratiqués, les bancs d’essai révèlent les qualités et les défauts observés à l’époque et les comparatifs indiquent quels modèles étaient réellement placés en concurrence.

C’est particulièrement important pour la fin des années 1970 et le début des années 1980. Le marché n’est pas encore organisé autour de quelques standards dominants. Apple, Commodore, Tandy et de nombreux constructeurs aujourd’hui oubliés proposent des visions différentes de l’avenir de l’informatique personnelle.

En relisant L’Ordinateur Individuel, on retrouve donc une histoire dont l’issue n’est pas encore connue. En 1978, l’IBM PC n’existe pas, le Macintosh non plus et personne ne sait encore quelle architecture finira par s’imposer.

Des premiers 8 bits à Internet

La longévité de L’Ordinateur Individuel lui permet ensuite d’accompagner presque toute l’histoire de la micro-informatique personnelle. Après les premières machines 8 bits viennent le Commodore 64, les Sinclair, les Thomson et les Amstrad, puis l’IBM PC et ses compatibles, le Macintosh, l’Atari ST et l’Amiga. Dans les années 1990 suivent les PC multimédias, Windows, les CD-ROM, les modems puis la généralisation d’Internet.

Le rôle du magazine change progressivement avec le marché. À la fin des années 1970, il faut encore expliquer ce qu’est un ordinateur individuel et pourquoi on pourrait vouloir en posséder un. Quelques décennies plus tard, le lecteur sait parfaitement ce qu’est un ordinateur : il cherche plutôt à choisir une configuration, un logiciel, une imprimante, un accès à Internet ou un périphérique.

Cette continuité fait de L’OI un témoin particulièrement intéressant. Ses pages permettent de suivre le passage d’une informatique personnelle expérimentale, peu standardisée et réservée à quelques passionnés vers un équipement devenu banal dans les foyers et les entreprises.

2010-2013 : les fusions et la fin de L’Ordinateur Individuel

La dernière partie de l’histoire du magazine reflète une autre transformation : celle de la presse informatique elle-même. La série originale de L’Ordinateur Individuel s’achève avec le n°229 de juillet-août 2010. Le titre fusionne alors avec SVM et PC Expert pour former L’Ordinateur individuel SVM.

En mars 2012, la publication reprend simplement le nom L’Ordinateur individuel. Cette nouvelle série va du n°247 de mars 2012 au n°258 de mars 2013. Mais le contexte n’a plus rien à voir avec celui de 1978 : Internet fournit désormais gratuitement de l’actualité, des comparatifs, des tutoriels et des tests qui constituaient autrefois une part essentielle de la valeur d’un magazine informatique.

En 2013 intervient la dernière étape. L’Ordinateur Individuel et Micro Hebdo fusionnent pour donner naissance à 01net Magazine, dont le premier numéro paraît le 4 avril 2013. Le nom L’Ordinateur Individuel disparaît ainsi après près de trente-cinq années d’histoire.

Cette succession de fusions est elle-même révélatrice. En 1978, la croissance du marché permettait l’apparition de nouveaux magazines spécialisés ; trente-cinq ans plus tard, le Web oblige au contraire plusieurs titres historiques à regrouper leurs forces.

Pourquoi L’Ordinateur Individuel est important dans l’histoire de l’informatique

L’Ordinateur Individuel n’est donc pas historiquement important parce qu’il aurait été le premier journal français à parler d’informatique : cette affirmation serait fausse. Micro-Systèmes le précède même de quelques semaines parmi les deux grands titres qui accompagnent l’arrivée de la micro-informatique personnelle en 1978.

Son rôle est plus profond. L’OI apparaît au moment précis où l’ordinateur devient progressivement un objet que chacun peut envisager de posséder. Il aide les premiers acheteurs à comparer des dizaines de machines incompatibles, explique les nouveaux usages, participe à l’apprentissage de la programmation et donne un sens concret à cette notion encore nouvelle d’« ordinateur individuel ».

Pendant les décennies suivantes, il accompagne la transformation complète du secteur, des quelques kilo-octets de mémoire et des sauvegardes sur cassette jusqu’au PC, au Macintosh et à Internet. Peu de publications françaises permettent d’observer sur une période aussi longue l’évolution de notre relation avec l’ordinateur.

C’est ce qui fait aujourd’hui la valeur historique de ses archives : L’Ordinateur Individuel n’a pas seulement raconté la démocratisation de la micro-informatique française, il en a été l’un des acteurs.

Repères chronologiques

  • 1966 : lancement de 01 Informatique, destiné principalement au monde professionnel.
  • 1975 : lancement de Minis et Micros par le Groupe Tests.
  • 8 septembre 1978 : parution du premier numéro de Micro-Systèmes.
  • Octobre 1978 : premier numéro de L’Ordinateur Individuel.
  • Décembre 1978 : le n°3 présente un dossier consacré à 46 ordinateurs proposés de 900 à 25 000 francs.
  • 1979 : L’OI affiche notamment le slogan « le magazine de l’informatique pour tous ».
  • Juillet-août 2010 : fin de la série originale au n°229.
  • 2010 : fusion avec SVM et PC Expert pour former L’Ordinateur individuel SVM.
  • Mars 2012 : retour au titre L’Ordinateur individuel.
  • Mars 2013 : dernier numéro de L’Ordinateur individuel.
  • 4 avril 2013 : lancement de 01net Magazine après la fusion avec Micro Hebdo.

Sources

  • Bibliothèque nationale de France, notices bibliographiques de L’Ordinateur individuel et de ses différentes séries.
  • L’Ordinateur Individuel, n°1, octobre 1978.
  • L’Ordinateur Individuel, n°3, décembre 1978, dossier « 46 ordinateurs de 900 F à 25 000 F ».
  • Micro-Systèmes, n°1, septembre-octobre 1978.
  • Radio-Plans, octobre 1978, publicité de lancement de Micro-Systèmes annonçant le premier numéro pour le 8 septembre 1978.
  • Les Numériques, « L’Ordinateur Individuel et Micro Hebdo fusionnent en 01net Magazine », février 2013.

Illustration consacrée à L’Ordinateur Individuel.
Création originale pour HistoireInformatique.info, inspirée de l’identité graphique et des couvertures historiques du magazine.
Il ne s’agit pas d’une couverture réellement publiée. Illustration : HistoireInformatique.info / image générée par IA.

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