Commodore PET 2001

Commodore PET 2001

Le Commodore PET 2001, présenté en janvier 1977, compte parmi les machines fondatrices de la micro-informatique personnelle. Avec l’Apple II et le TRS-80 Model I, il appartient à ce que le magazine Byte appellera rétrospectivement la « Trinité de 1977 » : trois ordinateurs produits en série, prêts à l’emploi et accessibles à un public bien plus large que les premiers kits réservés aux électroniciens.

Le PET se distingue par une conception immédiatement reconnaissable. Son boîtier métallique réunit l’ordinateur, le clavier, un écran monochrome et un lecteur de cassettes. Il suffit de le brancher pour obtenir, quelques secondes plus tard, une invite BASIC prête à recevoir un programme. Cette intégration donne au PET l’apparence d’un appareil professionnel, presque scientifique, et le rend particulièrement attractif pour les écoles, les laboratoires et les petites entreprises.

Derrière cette machine se trouvent la stratégie industrielle de Jack Tramiel, l’expérience de Chuck Peddle et les compétences acquises par Commodore lors du rachat de MOS Technology. Le PET inaugure une lignée qui conduira ensuite au VIC-20, puis au Commodore 64.

Fiche rapide

  • Nom : Commodore PET 2001
  • Signification officielle : Personal Electronic Transactor
  • Constructeur : Commodore Business Machines
  • Présentation : janvier 1977, au Consumer Electronics Show de Chicago
  • Premières livraisons : fin de l’année 1977
  • Processeur : MOS Technology 6502
  • Fréquence : environ 1 MHz
  • Mémoire vive : 4 ou 8 Ko sur les premiers modèles, puis davantage sur les versions ultérieures
  • Langage intégré : Commodore BASIC, dérivé du Microsoft BASIC
  • Affichage : écran monochrome de 9 pouces, 40 colonnes sur 25 lignes
  • Stockage initial : lecteur de cassettes intégré
  • Interfaces : cassette, port utilisateur et IEEE-488 pour les périphériques
  • Successeurs : séries PET/CBM 2001N, 3000, 4000 et 8000

Commodore avant le PET

À l’origine, Commodore ne fabrique pas d’ordinateurs. Fondée par Jack Tramiel, l’entreprise produit d’abord des machines à écrire, puis des calculatrices électroniques. Au début des années 1970, ce secteur paraît prometteur, mais la concurrence des fabricants de semi-conducteurs devient rapidement destructrice. Des sociétés comme Texas Instruments peuvent fabriquer leurs propres circuits et vendre des calculatrices à des prix que Commodore peine à suivre.

Pour réduire cette dépendance, Commodore rachète en 1976 le fabricant de composants MOS Technology. L’opération lui donne accès à des ingénieurs expérimentés et, surtout, au microprocesseur 6502. Ce circuit 8 bits a été conçu sous la direction de Chuck Peddle comme une alternative beaucoup moins coûteuse aux processeurs concurrents.

Peddle est convaincu que les microprocesseurs ne doivent pas seulement équiper des terminaux ou des machines industrielles. Ils peuvent devenir le cœur d’ordinateurs personnels produits en série. Après le succès du kit KIM-1, il pousse Commodore à construire une machine complète destinée à des utilisateurs qui ne souhaitent ni souder des composants ni assembler eux-mêmes leur système.

Six mois pour concevoir un ordinateur

Jack Tramiel accepte le projet, mais impose un calendrier extrêmement serré : l’ordinateur doit être prêt pour le Consumer Electronics Show de janvier 1977. Chuck Peddle et son équipe disposent de quelques mois pour transformer une idée en prototype fonctionnel.

Le développement mobilise plusieurs ingénieurs, parmi lesquels John Feagans, Bill Seiler et d’autres collaborateurs issus de Commodore et de MOS Technology. Le projet bénéficie aussi des travaux déjà réalisés autour du KIM-1 et du 6502. Cette base technique permet d’avancer rapidement.

La priorité n’est pas de concevoir une architecture révolutionnaire, mais un produit cohérent et vendable. Le PET doit intégrer les éléments qu’un acheteur serait autrement obligé de choisir séparément : unité centrale, écran, clavier, stockage et langage de programmation. Cette approche réduit les problèmes de compatibilité et rend la machine immédiatement compréhensible.

Pourquoi le nom « PET » ?

Commodore présente officiellement le sigle PET comme l’abréviation de Personal Electronic Transactor. Cependant, l’origine du nom est plus informelle. À l’époque, le phénomène commercial du Pet Rock — un simple caillou vendu comme animal de compagnie — a montré la puissance d’un nom court, sympathique et facile à mémoriser.

Les témoignages historiques indiquent donc que le mot PET a probablement précédé son développement en sigle. L’expression Personal Electronic Transactor aurait surtout fourni après coup une signification compatible avec le produit. Cette pratique était courante dans l’industrie : un nom commercial efficace comptait davantage qu’une parfaite logique technique.

Le nombre 2001 renforce l’image futuriste de la machine. Il évoque naturellement l’an 2001 et, pour de nombreux acheteurs, le film 2001 : l’Odyssée de l’espace, même si Commodore ne présente pas officiellement le nom comme une référence au film.

Une machine véritablement tout-en-un

Le premier PET 2001 adopte un lourd boîtier en tôle pliée, hérité du savoir-faire de Commodore dans les équipements de bureau. Dans la partie supérieure se trouve un écran monochrome de 9 pouces. La base accueille la carte mère, le clavier et un lecteur de cassettes intégré.

Cette conception donne au PET une apparence très différente de celle de l’Apple II, qui nécessite un écran externe, ou de nombreux micro-ordinateurs encore vendus sous forme de cartes et de kits. Le PET arrive comme un ensemble fermé, ordonné et prêt à fonctionner. Le capot supérieur peut même se relever comme celui d’une automobile afin de faciliter l’accès aux composants internes.

L’intégration possède cependant un défaut évident : le lecteur de cassettes prend une place importante sur la façade. Commodore ne peut donc installer qu’un petit clavier composé de touches carrées, rapidement surnommé « clavier chiclet ». Sa disposition évoque davantage une caisse enregistreuse ou une calculatrice qu’une machine à écrire, et la frappe de textes longs devient peu confortable.

Le MOS 6502 au cœur du PET

Le PET utilise un MOS Technology 6502 fonctionnant aux environs de 1 MHz. Ce microprocesseur 8 bits peut adresser 64 Ko de mémoire et offre, pour son prix, des performances très compétitives. Il équipe également l’Apple II et deviendra plus tard le cœur du VIC-20, du BBC Micro et de nombreuses consoles.

Les premiers PET sont proposés avec 4 ou 8 Ko de RAM. Une partie de cette mémoire est occupée par les besoins du système et de l’affichage, ce qui laisse peu de place aux programmes les plus ambitieux. Néanmoins, cette capacité suffit pour apprendre le BASIC, effectuer des calculs, gérer de petits fichiers ou développer des logiciels éducatifs.

L’écran affiche 40 colonnes sur 25 lignes. Il ne propose pas de véritables graphismes matriciels indépendants, mais utilise un jeu de caractères comprenant de nombreux symboles semi-graphiques. Les programmeurs peuvent combiner ces caractères pour dessiner des tableaux, des graphiques, des animations et même des jeux.

Le BASIC immédiatement disponible

À la mise sous tension, le PET lance directement son interpréteur BASIC stocké en mémoire morte. L’utilisateur n’a aucun système à charger depuis une cassette ou une disquette. Il peut saisir immédiatement un programme, par exemple :

10 PRINT "BONJOUR"
20 GOTO 10

Commodore utilise un BASIC développé par Microsoft pour le processeur 6502. Jack Tramiel négocie une licence forfaitaire qui permet à l’entreprise de réutiliser et d’adapter le langage dans plusieurs générations de machines. Cette décision aura une longue portée : des formes dérivées du Commodore BASIC équiperont ensuite le VIC-20 et le Commodore 64.

Le BASIC constitue l’une des forces principales du PET. Il transforme l’ordinateur en outil d’apprentissage et de création, et non en simple appareil exécutant des logiciels préfabriqués. Les utilisateurs peuvent étudier un programme, le modifier et observer immédiatement le résultat.

La cassette intégrée : pratique mais imparfaite

Le lecteur de cassettes intégré permet d’enregistrer les programmes sur une bande magnétique peu coûteuse. Cette solution est logique en 1977, car les lecteurs de disquettes restent chers. Elle simplifie également l’installation : aucun périphérique externe n’est nécessaire pour conserver un programme.

Dans la pratique, la cassette impose des chargements lents et séquentiels. Il faut avancer ou rembobiner la bande pour retrouver un programme, et la fiabilité dépend de la qualité de l’enregistrement. Le mécanisme intégré des premiers modèles contribue également à l’encombrement du clavier.

Commodore proposera ensuite des lecteurs de disquettes utilisant l’interface IEEE-488. Cette interface, issue du monde des instruments scientifiques, permet de relier plusieurs périphériques sur un même bus. Les unités de disquettes PET sont relativement intelligentes : elles intègrent leur propre processeur et leur propre mémoire, mais leur prix les réserve d’abord aux établissements et aux entreprises.

Une présentation marquante en 1977

Commodore dévoile un prototype fonctionnel du PET au Winter Consumer Electronics Show de Chicago en janvier 1977. La machine attire l’attention par son aspect intégré et futuriste. Elle semble déjà être un produit complet alors que de nombreux ordinateurs concurrents conservent une allure de matériel expérimental.

Le PET est annoncé à un prix très agressif, notamment pour une configuration de base dotée de 4 Ko. Cependant, la production industrielle prend du retard. Les premières unités sont livrées en quantités limitées à la fin de 1977, et Commodore peine d’abord à répondre aux commandes. Les prix réellement pratiqués et les configurations disponibles évoluent rapidement, ce qui explique les chiffres différents que l’on rencontre dans les archives.

La même année apparaissent l’Apple II et le TRS-80 Model I. Ces trois machines adoptent des stratégies différentes : l’Apple II mise sur la couleur et l’extension, le TRS-80 bénéficie du vaste réseau de magasins RadioShack, tandis que le PET propose un ensemble monobloc particulièrement rassurant pour les écoles et les professionnels.

La « Trinité de 1977 »

Le terme « Trinité de 1977 » désigne rétrospectivement le PET 2001, l’Apple II et le TRS-80 Model I. Il ne signifie pas qu’aucun ordinateur personnel n’existait auparavant : l’Altair 8800, l’Apple I, le Sol-20 et d’autres machines avaient déjà ouvert la voie.

La rupture vient plutôt de leur diffusion. Ces trois ordinateurs sont produits en série, disposent d’un clavier, exécutent un langage de haut niveau et peuvent être achetés comme des produits finis. Ils contribuent ainsi à faire sortir la micro-informatique des clubs d’électronique et à créer un véritable marché du logiciel personnel.

Parmi eux, le PET est probablement celui qui donne le plus fortement l’impression d’un appareil professionnel complet. Cette image jouera un rôle majeur dans son adoption par l’enseignement.

Le succès dans les écoles

Le PET connaît une implantation particulièrement forte dans les établissements scolaires, notamment au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Son boîtier robuste, son écran intégré et l’absence de câbles vidéo externes simplifient son installation dans une salle de classe.

Commodore met en place des politiques commerciales favorables aux établissements et développe une gamme de périphériques adaptée au travail en réseau local ou au partage de lecteurs de disquettes. Des enseignants créent leurs propres programmes en BASIC, tandis que des éditeurs proposent des logiciels de mathématiques, de sciences, de lecture et de gestion scolaire.

Pour de nombreux élèves, le PET constitue le premier contact direct avec un ordinateur programmable. La machine affiche un curseur et attend une commande : elle invite moins à consommer un contenu qu’à produire soi-même une suite d’instructions.

Du clavier chiclet au PET 2001N

Commodore corrige rapidement les principaux défauts du modèle initial. Le PET 2001N abandonne le lecteur de cassettes intégré et reçoit un véritable clavier de taille normale. Le stockage sur cassette reste possible grâce à une Datasette externe.

Les nouvelles cartes mères prennent en charge davantage de mémoire, et la gamme évolue vers les séries 3000, 4000 et 8000. Les modèles destinés aux entreprises adoptent notamment des écrans de 80 colonnes, plus adaptés au traitement de texte et aux tableaux comptables.

Le nom PET connaît par ailleurs des problèmes juridiques dans certains pays, car il est déjà utilisé par d’autres entreprises. Commodore emploie alors davantage la désignation CBM, pour Commodore Business Machines, particulièrement en Europe.

Une esthétique devenue emblématique

Le PET 2001 reste l’un des ordinateurs les plus reconnaissables de son époque. Son boîtier trapézoïdal, son petit écran encadré de noir et son clavier à touches carrées lui donnent une allure immédiatement associée à la science-fiction des années 1970.

Cette apparence n’est pas seulement décorative. Elle traduit une période où l’ordinateur personnel cherche encore sa forme. Doit-il ressembler à une machine à écrire, à un terminal, à un téléviseur ou à un instrument de laboratoire ? Le PET combine ces influences et propose l’une des premières réponses cohérentes : un ordinateur personnel peut constituer un objet autonome.

L’influence du PET sur les machines Commodore

Le PET établit plusieurs fondations que Commodore conservera longtemps : le processeur 6502, le BASIC en ROM, le jeu de caractères PETSCII et une architecture conçue autour de composants produits par MOS Technology. Il donne aussi à Commodore une première expérience du marché du logiciel, des périphériques et de la distribution informatique.

Le VIC-20, lancé quelques années plus tard, vise un public familial plus large. Il renonce au boîtier tout-en-un et utilise un téléviseur comme écran afin de réduire les coûts. Le Commodore 64 prolongera cette stratégie avec davantage de mémoire, de meilleures capacités graphiques et une puce sonore avancée.

Sans le PET, Commodore n’aurait probablement pas acquis aussi rapidement les compétences industrielles, commerciales et logicielles nécessaires à ces succès. Le PET ne représente donc pas une branche isolée de son histoire : il constitue le point de départ de toute sa gamme de micro-ordinateurs 8 bits.

Pourquoi le Commodore PET 2001 est une machine majeure

  • Ordinateur prêt à l’emploi : il réunit dans un seul boîtier l’unité centrale, l’écran, le clavier et le stockage.
  • Membre de la Trinité de 1977 : il participe à la naissance du marché moderne de l’ordinateur personnel.
  • Première machine Commodore : il lance durablement l’entreprise dans la micro-informatique.
  • Rôle éducatif : sa robustesse et son BASIC intégré favorisent son adoption dans les écoles.
  • Architecture cohérente : le 6502, le BASIC en ROM et l’interface IEEE-488 forment une plateforme complète.
  • Influence industrielle : il prépare directement le VIC-20 et le Commodore 64.
  • Design emblématique : son apparence tout-en-un devient l’un des symboles visuels de l’informatique des années 1970.

Repères chronologiques

  • 1975 : lancement du microprocesseur MOS Technology 6502
  • 1976 : Commodore rachète MOS Technology et approuve le projet d’ordinateur personnel
  • Janvier 1977 : présentation du prototype du PET 2001 au Consumer Electronics Show
  • Fin 1977 : premières livraisons en quantité limitée
  • 1978 : montée en production et développement des logiciels et périphériques
  • 1979 : apparition des PET 2001N dotés d’un clavier normal et de davantage de mémoire
  • Début des années 1980 : développement des séries CBM 3000, 4000 et 8000
  • 1980 : lancement du VIC-1001 au Japon, futur VIC-20
  • 1982 : présentation du Commodore 64

Une machine fondatrice

Le PET 2001 n’est ni le premier micro-ordinateur ni le plus puissant de 1977. Son importance vient de la cohérence de sa proposition. Pour la première fois, Commodore vend un ordinateur comme un appareil complet : il possède son écran, son clavier, son stockage et son langage de programmation.

Ses défauts sont réels. Le petit clavier gêne la frappe, la cassette est lente, la mémoire reste limitée et l’écran monochrome ne rivalise pas avec les couleurs de l’Apple II. Pourtant, ces limites n’empêchent pas le PET de trouver son public et d’installer durablement Commodore parmi les grands constructeurs.

Dans les écoles, les laboratoires et les bureaux, il contribue à banaliser l’idée qu’un ordinateur peut tenir sur un bureau et être utilisé directement par une seule personne. Cette transformation explique sa place centrale dans l’histoire de la micro-informatique.



Photo de couverture par Photograph by Rama, Wikimedia Commons, Cc-by-sa-2.0-fr, CC BY-SA 2.0 fr, Lien

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