AppleI
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Apple I

L’Apple I, également appelé Apple-1, est le premier ordinateur commercialisé par Apple Computer Company. Conçu principalement par Steve Wozniak en 1976, il constitue une étape importante entre les micro-ordinateurs destinés aux passionnés d’électronique et les machines personnelles plus faciles à utiliser qui apparaîtront quelques années plus tard.

L’Apple I n’est pourtant pas encore un ordinateur complet. Il est vendu sous la forme d’une carte électronique assemblée et testée. Son propriétaire doit lui ajouter un clavier, une alimentation, un écran et généralement un boîtier.

Sa nouveauté réside ailleurs : contrairement à de nombreux systèmes contemporains, il intègre déjà l’électronique permettant de connecter directement un clavier ASCII et un écran vidéo. Il n’est donc pas nécessaire d’utiliser un coûteux télétype pour dialoguer avec l’ordinateur.

Cette conception relativement simple devient le premier produit d’une entreprise encore minuscule. Un an plus tard, l’Apple II transformera cette première expérience en véritable ordinateur personnel destiné à un public beaucoup plus large.


Fiche rapide

  • Constructeur : Apple Computer Company
  • Concepteur principal : Steve Wozniak
  • Commercialisation : 1976
  • Microprocesseur : MOS Technology 6502, à environ 1 MHz
  • Mémoire vive : 4 Ko dans la configuration courante, jusqu’à 8 Ko directement sur la carte
  • Extension mémoire : possibilité d’étendre la mémoire par le connecteur externe
  • Affichage : 40 caractères sur 24 lignes
  • Entrée : clavier ASCII externe
  • Sortie vidéo : signal vidéo composite
  • Stockage : cassette avec l’Apple Cassette Interface optionnelle
  • Prix de vente initial : 666,66 dollars
  • Particularité : carte mère assemblée intégrant directement l’interface clavier et l’affichage vidéo

Un ordinateur né dans la culture Homebrew

Au milieu des années 1970, Steve Wozniak fréquente le Homebrew Computer Club, en Californie. Ce groupe rassemble des ingénieurs, programmeurs et passionnés qui expérimentent avec les premiers microprocesseurs et partagent librement leurs idées.

Wozniak souhaite construire son propre ordinateur. Son objectif n’est pas seulement de disposer d’un processeur capable d’exécuter des instructions : il veut pouvoir taper directement sur un clavier et voir immédiatement le résultat sur un écran.

Il choisit finalement le MOS Technology 6502. Ce processeur 8 bits, commercialisé à un prix particulièrement bas par rapport à plusieurs concurrents, permet de réduire fortement le coût de sa machine.

Wozniak présente son prototype lors des réunions du Homebrew Computer Club. Steve Jobs comprend alors qu’il existe peut-être un marché pour cette réalisation.


1er avril 1976 : naissance d’Apple Computer Company

Steve Jobs et Steve Wozniak décident de commercialiser l’ordinateur. Avec Ronald Wayne, ils créent Apple Computer Company le 1er avril 1976.

À l’origine, leur ambition reste modeste. Ils envisagent notamment de vendre des cartes de circuits imprimés à des amateurs capables d’acheter eux-mêmes les composants et de les souder.

Une rencontre va cependant modifier le projet.


Le Byte Shop transforme le projet

Paul Terrell dirige le Byte Shop de Mountain View, l’un des premiers magasins consacrés aux micro-ordinateurs. Steve Jobs lui présente la machine.

Terrell accepte d’en commander 50 exemplaires, mais pose une condition essentielle : il ne veut pas recevoir de simples circuits imprimés à assembler. Les cartes doivent être entièrement montées et testées.

Le Byte Shop achète les cartes 500 dollars pièce et les propose ensuite au public au prix de 666,66 dollars.

Cette commande change la nature du projet. Jobs et Wozniak doivent désormais acheter des composants en quantité, assembler plusieurs dizaines de cartes identiques et respecter une véritable commande commerciale.

L’Apple I devient ainsi le premier produit de la jeune entreprise.


Une carte assemblée, mais pas encore un ordinateur complet

Il est important de ne pas présenter l’Apple I comme l’équivalent d’un ordinateur personnel moderne. Pour 666,66 dollars, l’acheteur reçoit essentiellement la carte électronique assemblée.

Il doit encore ajouter :

  • un clavier ASCII ;
  • un écran ou un moniteur vidéo ;
  • une alimentation électrique ;
  • éventuellement un boîtier ;
  • un magnétophone et une interface supplémentaire s’il souhaite stocker facilement ses programmes.

Certains propriétaires construisent donc eux-mêmes un boîtier, parfois en bois. L’apparence finale d’un Apple I peut ainsi varier fortement d’une machine à l’autre.

Malgré cela, l’utilisateur n’a plus à souder toute la carte ni à construire lui-même l’interface nécessaire pour connecter un clavier et un écran. C’est déjà un progrès considérable par rapport à de nombreux kits destinés aux amateurs.


Le MOS 6502 au cœur de l’Apple I

Le cœur de la machine est le MOS Technology 6502, un microprocesseur 8 bits fonctionnant à une fréquence légèrement supérieure à 1 MHz.

Le 6502 possède un bus d’adresses de 16 bits. Il peut donc adresser un espace de 65 536 octets, soit 64 Kio.

L’Apple I est généralement fourni avec 4 Ko de mémoire vive. La carte peut recevoir jusqu’à 8 Ko directement. Son connecteur d’extension permet ensuite d’envisager des configurations plus importantes.

Le manuel original emploie d’ailleurs l’expression « 65K » pour décrire l’extension maximale théorique du système. En pratique, cette valeur correspond à l’espace d’adressage du processeur 6502.


Un écran ordinaire à la place du télétype

L’une des idées les plus intéressantes de Wozniak concerne l’interaction avec l’utilisateur.

De nombreux ordinateurs pour amateurs utilisent encore un terminal ou un télétype pour saisir les commandes et afficher les résultats. Ces équipements sont encombrants et peuvent coûter cher.

L’Apple I intègre directement un circuit produisant un signal vidéo composite. L’utilisateur peut donc connecter la machine à un écran vidéo adapté.

L’affichage comporte 40 caractères par ligne sur 24 lignes. Lorsque l’écran est rempli, les lignes peuvent défiler automatiquement.

Cette fonction semble très simple aujourd’hui, mais elle est fondamentale : l’ordinateur possède déjà son propre moyen de transformer les informations numériques en caractères visibles.


Un clavier directement relié à la machine

L’Apple I possède également une interface permettant de connecter un clavier ASCII.

L’utilisateur tape une touche, le code correspondant est transmis à l’ordinateur et peut être traité par le processeur. Le résultat apparaît ensuite sur l’écran.

On retrouve donc déjà la boucle d’interaction qui deviendra normale sur les micro-ordinateurs :

clavier → ordinateur → écran.

Cette simplicité rapproche fortement la machine de l’idée moderne d’un ordinateur personnel interactif.


Le Woz Monitor : dialoguer directement avec le 6502

Lorsqu’on allume l’Apple I, on ne trouve ni interface graphique ni véritable système d’exploitation. La machine dispose d’un petit programme en ROM développé par Steve Wozniak : le Woz Monitor.

Ce programme permet notamment d’examiner la mémoire, d’y écrire des valeurs et de lancer l’exécution d’un programme à une adresse déterminée.

L’interface reste extrêmement rudimentaire. L’utilisateur travaille directement avec des adresses et des valeurs hexadécimales.

Cette proximité avec le matériel constitue cependant une excellente manière de comprendre le fonctionnement du processeur. Programmer un Apple I revient encore largement à manipuler directement la mémoire et le code machine du 6502.


BASIC doit être chargé séparément

Contrairement à l’Apple II qui intégrera un BASIC en ROM, l’Apple I ne démarre pas directement dans un langage de programmation évolué.

Steve Wozniak développe néanmoins un interpréteur BASIC spécialement adapté au 6502. Celui-ci permet d’écrire des programmes beaucoup plus facilement qu’en saisissant directement des instructions en code machine.

Le BASIC doit toutefois être chargé en mémoire avant utilisation. Cette opération devient beaucoup plus pratique avec l’arrivée de l’Apple Cassette Interface.


La cassette pour conserver les programmes

La mémoire vive de l’Apple I perd son contenu lorsque l’alimentation est coupée. Sans dispositif de stockage, il faudrait donc saisir à nouveau un programme après chaque redémarrage.

Apple propose pour résoudre ce problème une carte supplémentaire appelée Apple Cassette Interface. Elle permet de relier l’ordinateur à un magnétophone à cassette ordinaire.

Les programmes peuvent alors être transformés en signaux audio, enregistrés sur une cassette puis rechargés ultérieurement dans la mémoire.

Cette solution reste lente par rapport aux futurs lecteurs de disquettes, mais elle transforme considérablement l’utilisation de la machine : les programmes peuvent enfin être conservés.


Une machine faite pour expérimenter

L’Apple I conserve fortement l’esprit des premiers micro-ordinateurs pour amateurs. Sa carte comprend notamment un connecteur d’extension et une petite zone destinée à l’ajout de circuits.

Un utilisateur expérimenté peut donc connecter davantage de mémoire ou construire ses propres interfaces.

Cette ouverture correspond parfaitement à la culture du Homebrew Computer Club : l’ordinateur n’est pas considéré comme une boîte fermée, mais comme une machine que l’on peut comprendre, modifier et prolonger.


Environ 200 Apple I produits

L’Apple I reste une machine diffusée à petite échelle. Environ 200 exemplaires sont fabriqués en 1976 et 1977, dont environ 175 auraient été vendus.

Cette quantité est minuscule comparée aux millions d’ordinateurs que produira Apple par la suite. Pourtant, le succès est suffisant pour confirmer qu’un marché existe.

Au printemps 1977, alors que l’Apple II arrive, Apple réduit d’ailleurs fortement le prix de l’Apple I afin d’écouler les dernières machines.


De l’Apple I à l’Apple II

L’Apple I démontre qu’il est possible de vendre un ordinateur personnel relativement accessible. Mais il reste encore trop proche du monde des électroniciens amateurs pour toucher un véritable marché de masse.

Avec l’Apple II, Steve Jobs et Steve Wozniak reprennent les principes qui fonctionnent déjà : clavier, écran vidéo, processeur 6502 et interaction directe avec l’utilisateur.

Cette fois, ils vont beaucoup plus loin. L’ordinateur reçoit un véritable boîtier, une alimentation intégrée, des graphismes en couleur, un BASIC en ROM et huit connecteurs d’extension.

L’utilisateur n’achète plus seulement une carte prête à fonctionner. Il achète un ordinateur presque complet.

L’Apple I apparaît donc comme une machine charnière. Il appartient encore à la culture des hobbyistes du Homebrew Computer Club, mais il contient déjà plusieurs idées qui permettront à l’ordinateur personnel de sortir de ce milieu spécialisé.


Pourquoi l’Apple I est important

L’importance historique de l’Apple I ne vient ni de ses performances ni du nombre de machines vendues.

Il est d’abord le premier produit commercial d’Apple. Surtout, il montre qu’un micro-ordinateur peut être livré avec une grande partie de son électronique déjà assemblée et intégrer directement les fonctions nécessaires pour communiquer avec un clavier et un écran.

La commande du Byte Shop pousse également Jobs et Wozniak à passer du prototype artisanal à une petite production en série. Le projet informatique devient une activité commerciale.

Enfin, l’expérience acquise avec cette machine conduit directement à l’Apple II, qui transformera cette première idée en l’une des plateformes majeures de la micro-informatique.

L’Apple I représente ainsi le moment où un ordinateur conçu par un passionné commence à devenir un produit informatique.


Repères chronologiques

  • 1976 : Steve Wozniak développe l’ordinateur qui deviendra l’Apple I.
  • 1976 : présentation du prototype au Homebrew Computer Club.
  • 1er avril 1976 : création d’Apple Computer Company par Steve Jobs, Steve Wozniak et Ronald Wayne.
  • 1976 : le Byte Shop commande 50 Apple I assemblés.
  • 1976 : commercialisation au prix de 666,66 dollars.
  • 1976-1977 : environ 200 Apple I sont produits.
  • 1977 : l’Apple II prend le relais et ouvre une nouvelle étape dans l’histoire d’Apple.

Photo de couverture par Ходус Владимир — travail personnel, CC BY-SA 4.0.

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