Clive Sinclair

Clive Sinclair

Clive Sinclair est l’une des figures majeures de la micro-informatique britannique. Fondateur de Sinclair Radionics et figure centrale de Sinclair Research, il associe son nom aux ZX80, ZX81 et ZX Spectrum. Son idée reste presque toujours la même : réduire le prix et le nombre de composants afin de rendre une technologie accessible au plus grand nombre.Cette stratégie produit des succès considérables, mais aussi quelques échecs célèbres. Calculatrices miniatures, ordinateurs familiaux, montre électronique, télévision de poche ou véhicule électrique : Clive Sinclair passe sa vie à chercher jusqu’où il peut simplifier une technologie sans la rendre inutilisable.

Fiche rapide

  • Nom : Clive Marles Sinclair
  • Naissance : 30 juillet 1940 à Ealing, près de Londres
  • Décès : 16 septembre 2021 à Londres
  • Nationalité : britannique
  • Domaine : électronique grand public, micro-informatique, entrepreneuriat
  • Entreprises : Sinclair Radionics, Science of Cambridge, Sinclair Research, Sinclair Vehicles
  • Produits emblématiques : Sinclair Executive, ZX80, ZX81, ZX Spectrum, QL, C5
  • Distinction : Knight Bachelor en 1983

De l’électronique à Sinclair Radionics

Clive Marles Sinclair naît le 30 juillet 1940 à Ealing, dans l’ouest de Londres. Très jeune, il s’intéresse aux mathématiques, à l’électronique et surtout à la miniaturisation.

Plutôt que de poursuivre des études universitaires, il travaille dans la presse technique. Cette activité lui permet de suivre l’évolution rapide des transistors et des circuits électroniques.

En 1961, il fonde Sinclair Radionics. L’entreprise vend d’abord des composants, des radios et des kits électroniques par correspondance. Dès cette époque, Sinclair cherche moins la performance maximale que le minimum de composants nécessaire pour obtenir un appareil utilisable et bon marché.

1972 : une calculatrice qui tient dans la poche

Cette philosophie apparaît clairement avec le Sinclair Executive, lancé en 1972. Les calculatrices électroniques existent déjà, mais elles restent généralement volumineuses. Sinclair réussit à réduire fortement la consommation du circuit et peut ainsi utiliser de petites batteries.

Le résultat mesure environ 13,5 cm de long pour seulement 1,5 cm d’épaisseur. Le Sinclair Executive devient l’une des premières calculatrices électroniques réellement adaptées à une poche.

Cependant, la recherche permanente du prix minimal possède aussi ses limites. La Black Watch, lancée en 1975, connaît de nombreux problèmes de fiabilité. Ce premier échec annonce une faiblesse que l’on retrouvera plus tard : Sinclair lance parfois un produit avant que sa technologie soit suffisamment mature.

1978 : le MK14 ouvre la voie

Alors que Sinclair Radionics rencontre des difficultés financières, Clive Sinclair développe une autre société qui prend le nom de Science of Cambridge.

En 1978, elle commercialise le MK14. Cette petite machine possède un microprocesseur SC/MP, 256 octets de RAM, un clavier hexadécimal et quelques afficheurs LED.

Le MK14 ne ressemble donc pas encore à un ordinateur familial. De plus, Clive Sinclair n’en est pas le concepteur unique : l’idée initiale vient notamment de l’ingénieur Ian Williamson.

Son succès démontre néanmoins qu’il existe un marché pour des ordinateurs extrêmement simples et peu coûteux.

1980 : le ZX80 sous la barre des 100 livres

Clive Sinclair vise alors un objectif spectaculaire : vendre un véritable ordinateur domestique pour moins de 100 livres sterling.

Le ZX80, lancé en janvier 1980, coûte 79,95 £ en kit et 99,95 £ assemblé. Pour atteindre ce prix, tout ce qui paraît non indispensable disparaît.

Pas de moniteur, pas de lecteur de disquette et pas de clavier mécanique. Le téléviseur familial sert d’écran, tandis qu’un magnétophone à cassette assure le stockage. Au cœur de la machine se trouve un Zilog Z80 accompagné de seulement 1 Ko de RAM.

Les performances restent modestes. Pourtant, le prix change la donne : un ordinateur devient accessible à des foyers qui n’auraient jamais envisagé d’en acheter un quelques années auparavant.

1981 : le ZX81 démocratise encore davantage l’ordinateur

Le 5 mars 1981, Sinclair présente le ZX81. La machine reprend le principe du ZX80, mais son électronique est encore simplifiée grâce à l’utilisation d’une ULA, qui regroupe une grande partie de la logique.

Le prix descend à seulement 49,95 £ en kit et 69,95 £ assemblé.

Le ZX81 possède toujours 1 Ko de RAM, un affichage monochrome et un clavier membrane presque dépourvu de retour tactile. Malgré ces limites, il rencontre un succès considérable : plus de 1,5 million d’exemplaires seront vendus.

La machine démarre directement dans son BASIC. Pour de nombreux propriétaires, acheter un ZX81 signifie donc aussi découvrir la programmation.

1982 : le ZX Spectrum devient un phénomène

Avec le ZX Spectrum, présenté le 23 avril 1982, Sinclair change d’échelle. L’ordinateur propose désormais de la couleur, du son et beaucoup plus de mémoire.

La version 16 Ko coûte 125 £, tandis que le modèle 48 Ko est proposé à 175 £. Le prix reste donc très inférieur à celui de nombreux concurrents.

Le Spectrum conserve toutefois l’esprit Sinclair : boîtier compact, téléviseur utilisé comme écran et clavier couvert de mots-clés BASIC.

Surtout, la machine devient une formidable plateforme de jeux. Des adolescents et de petites équipes apprennent le BASIC puis le langage machine du Z80 afin de produire leurs propres logiciels.

Ainsi, le ZX Spectrum contribue directement à l’essor de l’industrie britannique du jeu vidéo.

Clive Sinclair n’a pas conçu seul les ZX

Le succès des machines portant son nom conduit parfois à présenter Sinclair comme leur inventeur unique. La réalité est plus intéressante : il fixe les objectifs, mais les ordinateurs résultent d’un travail collectif.

  • Jim Westwood participe à plusieurs développements électroniques des premières machines Sinclair.
  • Richard Altwasser joue un rôle majeur dans la conception matérielle du ZX Spectrum.
  • Rick Dickinson dessine notamment les ZX80, ZX81, ZX Spectrum et QL.
  • John Grant et Steve Vickers, chez Nine Tiles, contribuent au BASIC et aux ROM des machines.

Le rôle de Clive Sinclair consiste surtout à définir le produit : fixer un prix extrêmement bas, éliminer ce qu’il juge inutile et pousser ses équipes à trouver des solutions techniques parfois inhabituelles.

1983 : il devient Sir Clive Sinclair

Le succès des ordinateurs Sinclair transforme leur fondateur en personnalité nationale. En 1983, Clive Sinclair reçoit le titre de Knight Bachelor pour sa contribution à l’industrie britannique.

Il devient alors Sir Clive Sinclair, au moment où le ZX Spectrum incarne l’un des grands succès de la micro-informatique britannique.

Le QL : une ambition professionnelle lancée trop tôt

Sinclair ne veut pourtant pas rester associé aux petits ordinateurs familiaux et aux jeux. En janvier 1984, il présente le Sinclair QL, pour Quantum Leap.

Le QL utilise un Motorola 68008 à 7,5 MHz, possède 128 Ko de RAM et propose un système multitâche. Sur le papier, il vise clairement le marché professionnel.

Mais Sinclair l’annonce avant la fin réelle de son développement. Les livraisons prennent du retard et les premières machines connaissent plusieurs problèmes.

Autre choix risqué : au lieu d’un lecteur de disquettes, le QL utilise deux Microdrives, de petites cartouches contenant une boucle de bande magnétique. Compactes et économiques, elles offrent cependant une fiabilité insuffisante pour convaincre pleinement les utilisateurs professionnels.

1985 : le spectaculaire échec du Sinclair C5

Clive Sinclair s’intéresse également depuis longtemps au transport électrique. En janvier 1985, il présente le Sinclair C5.

Il ne s’agit pas réellement d’une voiture, mais d’un tricycle monoplace à assistance électrique. Le conducteur est assis très bas et le véhicule atteint environ 24 km/h.

Sinclair imagine le C5 comme le premier modèle d’une future gamme de véhicules électriques. Pourtant, le public britannique reste sceptique. Sa faible hauteur, son exposition aux intempéries et les inquiétudes concernant sa sécurité nuisent fortement au projet.

Moins de 9 000 exemplaires trouvent preneur.

Avec le recul, l’idée du transport électrique individuel paraît beaucoup moins étrange. Le C5 montre cependant qu’avoir raison sur une tendance future ne signifie pas forcément disposer du bon produit au bon moment.

1986 : Amstrad reprend les ordinateurs Sinclair

Au milieu des années 1980, les difficultés s’accumulent. Le QL ne rencontre pas le succès espéré et la concurrence devient de plus en plus forte.

Le 7 avril 1986, Amstrad, dirigée par Alan Sugar, acquiert pour 5 millions de livres les droits liés aux produits informatiques Sinclair et à l’utilisation de la marque dans ce domaine.

Amstrad ne rachète donc pas simplement toute l’entreprise de Clive Sinclair. Celui-ci conserve une structure de recherche, tandis qu’ Amstrad poursuit la gamme avec notamment le ZX Spectrum +2 puis le +3.

Le contraste entre les deux entrepreneurs est frappant. Sinclair aime les solutions nouvelles et minimalistes ; Alan Sugar préfère généralement assembler des technologies éprouvées dans des produits immédiatement utilisables.

Un homme de l’informatique qui utilisait peu les ordinateurs

Clive Sinclair continue ensuite à travailler sur différents projets, notamment dans le domaine du transport personnel. L’A-bike, un vélo pliant très compact, apparaît ainsi dans les années 2000.

Un détail résume pourtant bien le personnage : après sa mort, sa fille expliquera qu’il n’utilisait lui-même pratiquement pas d’ordinateur et ne possédait pas d’adresse électronique.

Sinclair semble avoir été davantage fasciné par l’invention et la résolution d’un problème technique que par l’utilisation quotidienne des produits numériques.

Pourquoi Clive Sinclair compte dans l’histoire de l’informatique

Clive Sinclair n’a inventé ni le micro-ordinateur, ni le microprocesseur, ni le BASIC. Il n’a pas non plus conçu seul les ordinateurs qui portent son nom.

Son importance se situe ailleurs : il a fait du prix une contrainte de conception aussi importante que les performances.

Avec le ZX80 puis le ZX81, il montre qu’un ordinateur peut devenir suffisamment bon marché pour entrer dans des centaines de milliers de foyers. Ensuite, le ZX Spectrum transforme cette première génération d’utilisateurs en programmeurs et en joueurs.

Ses échecs restent tout aussi révélateurs. La Black Watch, le QL ou le C5 montrent jusqu’où peut conduire la recherche permanente du produit plus petit, moins cher et disponible avant les autres.

Finalement, l’héritage de Sinclair tient peut-être à une question très simple : quel est le minimum nécessaire pour permettre à beaucoup plus de personnes d’accéder à une technologie ?

Repères chronologiques

  • 1940 : naissance de Clive Marles Sinclair.
  • 1961 : fondation de Sinclair Radionics.
  • 1972 : lancement du Sinclair Executive.
  • 1975 : lancement de la Black Watch.
  • 1978 : commercialisation du MK14.
  • 1980 : lancement du ZX80.
  • 1981 : lancement du ZX81.
  • 1982 : lancement du ZX Spectrum.
  • 1983 : Clive Sinclair devient Sir Clive Sinclair.
  • 1984 : lancement du Sinclair QL.
  • 1985 : lancement du Sinclair C5.
  • 1986 : Amstrad reprend les activités informatiques Sinclair.
  • 16 septembre 2021 : décès de Sir Clive Sinclair à Londres.

Pour aller plus loin

  • Rodney Dale, The Sinclair Story, Duckworth, 1985.
  • Ian Adamson et Richard Kennedy, Sinclair and the “Sunrise” Technology, Penguin Books, 1986.
  • Science Museum Group — collections consacrées aux produits Sinclair.
  • Centre for Computing History — archives sur le MK14, les ZX et le QL.
  • Archives of IT — entretien avec Sir Clive Sinclair réalisé en 2019.
  • National Motor Museum — documentation consacrée au Sinclair C5.

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