Teletype Model 33 KSR

Le Teletype Model 33 KSR, souvent appelé KSR-33 dans la documentation informatique, est un téléscripteur électromécanique commercialisé au début des années 1960 par la Teletype Corporation.À une époque où les terminaux à écran sont encore rares et coûteux, il réunit dans un même appareil un clavier, une imprimante et une interface de communication. L’utilisateur tape une commande ; l’ordinateur la reçoit ; sa réponse revient sous la forme de caractères imprimés sur un rouleau de papier.Le KSR-33 ne calcule rien lui-même et ne possède pas de mémoire destinée aux programmes. Il sert d’interface entre une personne et une machine distante. Grâce à son prix relativement modéré, à son utilisation du code ASCII et à sa compatibilité avec de nombreux ordinateurs, il devient l’un des terminaux emblématiques de l’informatique interactive des années 1960 et 1970.

Fiche rapide

  • Constructeur : Teletype Corporation
  • Nom du constructeur : Model 33 KSR
  • Autre appellation courante : KSR-33
  • Période d’introduction : annonce vers 1962, commercialisation généralement datée de 1963
  • Type : téléscripteur électromécanique et terminal imprimant
  • KSR : Keyboard Send-Receive, c’est-à-dire émission et réception par clavier
  • Codage : ASCII sur 7 bits, complété selon la configuration par un bit de parité
  • Transmission : série asynchrone à 110 bauds
  • Vitesse : 10 caractères par seconde, soit environ 100 mots par minute
  • Affichage : impression sur papier, sans écran
  • Jeu de caractères imprimables : 64 caractères environ, principalement des majuscules, des chiffres et des signes de ponctuation
  • Largeur d’impression : jusqu’à 74 caractères par ligne selon la configuration
  • Poids du KSR seul : environ 40 livres, soit 18 kg, hors piètement

Model 33 KSR ou KSR-33 ?

La Teletype Corporation désigne officiellement l’appareil sous le nom de Model 33 KSR. Dans le monde informatique, l’ordre est souvent inversé et la machine devient le KSR-33.

Cette seconde forme apparaît notamment dans les documents de constructeurs d’ordinateurs. Digital Equipment Corporation (DEC) parle ainsi de « Teletype Model 33 KSR » ou de « 33 KSR » dans ses manuels. Les deux appellations désignent donc le même type d’équipement.

Il faut également distinguer Teletype, qui est à l’origine un nom d’entreprise et une marque, de téléscripteur, terme générique désignant une machine capable d’émettre et de recevoir du texte à distance.

Du réseau télégraphique au terminal informatique

Le Model 33 appartient d’abord à la longue histoire des télécommunications écrites. Un téléscripteur sert à transformer les actions effectuées sur un clavier en signaux électriques, puis à reconstruire le texte sur une machine éloignée.

La documentation du constructeur indique que le Model 33 peut être relié à différents moyens de transmission : lignes télégraphiques, réseaux téléphoniques ou liaisons radio. Lorsqu’il est connecté à un ordinateur, le principe reste identique. La machine distante n’est simplement plus un autre téléscripteur, mais un système informatique.

Le KSR-33 devient ainsi un terminal. Il ne contient ni processeur généraliste ni logiciel utilisateur : il donne accès aux ressources de l’ordinateur auquel il est relié. Cette séparation annonce le fonctionnement des terminaux informatiques ultérieurs, même si le papier tient encore la place qu’occupera bientôt l’écran.

KSR, ASR et RO : trois variantes à ne pas confondre

Le Model 33 est proposé sous plusieurs formes. Elles partagent une grande partie de leur mécanisme, mais ne rendent pas exactement les mêmes services.

  • Model 33 RO — Receive-Only : il reçoit les caractères et les imprime, mais ne possède pas de clavier pour les transmettre.
  • Model 33 KSR — Keyboard Send-Receive : il ajoute un clavier. L’utilisateur peut envoyer du texte, recevoir la réponse et l’imprimer.
  • Model 33 ASR — Automatic Send-Receive : il complète le clavier et l’imprimante par un lecteur et un perforateur de bande de papier.

Le KSR-33 ne possède donc pas, dans sa configuration normale, de lecteur-perforateur de bande. Les photographies montrant une unité de bande perforée sur le côté gauche représentent généralement un ASR-33. Cette différence est essentielle : le KSR convient au dialogue direct avec un opérateur, tandis que l’ASR peut aussi enregistrer puis relire des programmes ou des données.

Un terminal sans écran

L’utilisation du KSR-33 ressemble à une conversation écrite. L’opérateur tape une commande sur le clavier. Celle-ci est transmise à l’ordinateur, qui renvoie une réponse. Le mécanisme du téléscripteur imprime alors chaque caractère sur le papier.

Une session pouvait par exemple produire un échange de ce type :

READY
PRINT 2+2
4
READY

La feuille constitue à la fois l’affichage et l’historique de la session. Pour relire une commande ancienne, il suffit de remonter le papier. En revanche, il est impossible de déplacer un curseur sur la page ou d’effacer proprement un caractère déjà imprimé.

Cette contrainte influence les logiciels. Les systèmes interactifs privilégient des commandes courtes, des réponses textuelles et une édition ligne par ligne. Des langages comme BASIC, utilisés dans les environnements en temps partagé, sont particulièrement bien adaptés à ce type de dialogue.

Pourquoi 110 bauds donnent dix caractères par seconde

Le Model 33 fonctionne habituellement à 110 bauds. Dans cette transmission binaire, cette valeur correspond numériquement à 110 éléments de signal par seconde.

Un caractère n’est toutefois pas envoyé avec ses seuls 7 bits ASCII. La trame série utilisée par la machine comprend généralement :

  • 1 élément de départ, qui signale le commencement du caractère ;
  • 7 bits de données pour le code ASCII ;
  • 1 bit supplémentaire, souvent utilisé pour la parité ;
  • 2 éléments d’arrêt, qui laissent au mécanisme le temps de terminer son cycle.

Chaque caractère occupe donc 11 temps élémentaires. Le calcul est simple : 110 divisé par 11 donne 10 caractères par seconde. Le manuel traduit également cette cadence par 100 mots par minute, selon la convention télégraphique qui compte cinq caractères plus un espace par mot.

Cette vitesse paraît très faible aujourd’hui. Elle correspond cependant au rythme d’une machine dont chaque caractère déclenche une suite de mouvements mécaniques.

Quand un signal électrique devient un caractère imprimé

Le fonctionnement du KSR-33 associe étroitement électricité et mécanique. Lorsqu’une touche est enfoncée, le clavier établit une combinaison de contacts représentant le caractère. Le distributeur transforme cette information en une suite de signaux série envoyés sur la ligne.

À la réception, le processus s’effectue en sens inverse. Les impulsions électriques commandent un sélecteur qui positionne des barres de code. Celles-ci déterminent le caractère à imprimer et les éventuelles fonctions à exécuter.

Le caractère est porté par une roue typographique cylindrique. Le mécanisme la fait tourner et la déplace verticalement pour présenter le bon signe. Un marteau pousse ensuite la roue contre un ruban encreur et le papier.

Un moteur fournit l’énergie nécessaire à l’ensemble. L’électronique reste limitée : une grande partie du décodage, de la sélection et de l’impression est accomplie par des leviers, des cames, des ressorts, des embrayages et des contacts.

ASCII devient une réalité mécanique

Le Model 33 accompagne les débuts de l’ASCII, dont la première édition normalisée paraît en 1963. Ce code attribue une valeur numérique commune aux lettres, aux chiffres, aux signes et à des commandes de contrôle.

Le téléscripteur n’imprime pas les 128 combinaisons possibles de l’ASCII. Sa roue typographique est limitée à environ 64 signes, essentiellement les lettres majuscules, les chiffres et les caractères de ponctuation. Les autres codes peuvent provoquer une action mécanique.

Quelques commandes ASCII prennent alors un sens très concret :

  • CR — Carriage Return : ramène le chariot au début de la ligne ;
  • LF — Line Feed : fait avancer le papier d’une ligne ;
  • BEL : actionne une cloche afin d’attirer l’attention de l’opérateur.

Le retour du chariot et l’avance du papier sont deux mouvements distincts. Il faut donc souvent envoyer successivement CR puis LF. La séquence informatique \r\n, encore visible dans certains fichiers texte et protocoles réseau, conserve la trace de cette réalité mécanique.

Demi-duplex, duplex intégral et écho des caractères

Le Model 33 peut être configuré pour différents modes de communication.

En demi-duplex, le caractère tapé est directement renvoyé vers le mécanisme d’impression local. L’utilisateur voit donc immédiatement sur le papier ce qu’il vient de saisir.

En duplex intégral, le clavier envoie le caractère à l’ordinateur sans l’imprimer directement. C’est l’ordinateur qui doit le retourner au terminal pour qu’il apparaisse sur la feuille. Ce fonctionnement correspond à l’écho distant que l’on retrouve encore dans les logiciels de terminal.

La distinction paraît aujourd’hui abstraite, mais elle détermine alors un résultat très visible : selon le câblage et le logiciel, le caractère est imprimé localement, renvoyé par l’ordinateur, imprimé deux fois ou pas du tout.

Le KSR-33 et les mini-ordinateurs DEC

Le KSR-33 est étroitement associé à la diffusion des mini-ordinateurs. Il offre une solution d’entrée-sortie moins coûteuse et plus interactive que les équipements lourds utilisés avec les grands systèmes.

Le manuel de référence du PDP-7 de DEC présente le Model 33 KSR comme un équipement standard. Il précise que le terminal peut saisir ou imprimer jusqu’à dix caractères par seconde et qu’il échange avec l’ordinateur au moyen de trames série de onze éléments.

Pour le programmeur, le clavier et l’imprimante peuvent être considérés comme deux périphériques logiquement séparés. Le programme détecte l’arrivée d’un caractère au clavier, lit son code, puis peut envoyer indépendamment un autre caractère vers l’imprimante.

Cette organisation contribue à l’informatique interactive : au lieu de préparer un paquet de cartes et d’attendre son traitement, l’utilisateur peut taper une commande, observer immédiatement la réponse et corriger son travail.

Un outil important pour le temps partagé et BASIC

Le Model 33 devient également une image caractéristique du temps partagé. Plusieurs utilisateurs disposent chacun d’un terminal relié, parfois par une ligne téléphonique et un modem, à un ordinateur central. Le système répartit rapidement ses ressources entre leurs sessions.

À Dartmouth, le Dartmouth Time-Sharing System permet dès 1964 à des étudiants de dialoguer avec l’ordinateur depuis des terminaux de type Model 33. Cette utilisation accompagne la diffusion du langage BASIC, conçu pour rendre la programmation plus accessible et plus interactive.

Le rôle historique du téléscripteur dépasse donc celui d’une simple imprimante. En plaçant un clavier devant l’utilisateur et en fournissant une réponse immédiate, il transforme la relation avec l’ordinateur. La programmation devient une conversation suivie plutôt qu’une succession de traitements différés.

Qualités et limites

Le succès du Model 33 repose sur un compromis efficace.

  • Coût contenu : il est plus accessible que de nombreux terminaux professionnels contemporains.
  • Compatibilité ASCII : il facilite les échanges entre équipements et logiciels.
  • Interface complète : le KSR réunit saisie, transmission, réception et impression.
  • Trace permanente : la session reste disponible sur le papier.
  • Connexion distante : il peut servir de terminal local ou être relié à un ordinateur par un réseau de télécommunication.

Ses limites sont tout aussi nettes :

  • Faible vitesse : dix caractères par seconde seulement.
  • Bruit : moteur, embrayages, roue typographique et marteau accompagnent chaque impression.
  • Absence d’écran : aucune édition visuelle ni mise à jour rapide d’une page.
  • Jeu de caractères restreint : l’impression repose surtout sur les majuscules.
  • Usure mécanique : l’appareil demande nettoyage, réglage et lubrification.
  • Pas de bande perforée sur le KSR : cette fonction nécessite la variante ASR.

Pourquoi le KSR-33 a compté

Le KSR-33 appartient à une période de transition. Héritier du télégraphe, il devient un périphérique informatique. Machine électromécanique, il manipule pourtant déjà des caractères ASCII et communique en série avec des ordinateurs.

Son importance tient moins à une invention isolée qu’à la réunion de plusieurs éléments devenus fondamentaux : un clavier, une liaison bidirectionnelle, un codage normalisé et une réponse lisible immédiatement par l’utilisateur.

Les terminaux à écran le remplacent progressivement durant les années 1970. Ils sont plus rapides, plus silencieux et capables de modifier l’affichage sans consommer de papier. Le vocabulaire des systèmes conserve néanmoins cet héritage. Sous Unix et dans les systèmes apparentés, le terme tty continue à désigner des terminaux ou des interfaces série, bien après la disparition des téléscripteurs physiques.

Repères chronologiques

  • 1962 : premiers documents et annonce de la famille Model 33.
  • 1963 : commercialisation généralement retenue du Model 33 et première publication du standard ASCII.
  • 1964 : publication d’une édition importante du manuel technique des Model 32 et 33 ; le Model 33 se diffuse dans l’informatique interactive.
  • Milieu des années 1960 : utilisation avec des systèmes en temps partagé et des mini-ordinateurs comme le PDP-7.
  • Années 1970 : le Model 33 reste très présent, mais les terminaux vidéo commencent à le remplacer.
  • 1981 : fin généralement admise de la production de la famille Model 33.

Sources

 

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