Flexowriter

Friden Flexowriter

Le Friden Flexowriter, apparu en 1951, est une machine qui ressemble à une grosse machine à écrire électrique… mais beaucoup plus intelligente.

Quand on tape au clavier, il n’écrit pas seulement le texte sur le papier. Il peut aussi enregistrer chaque frappe sous forme de trous dans une bande de papier. Cette bande perforée contient une version « codée » du texte.

Pourquoi est-ce important ?
Parce que cette bande peut ensuite être :

  • relue pour retaper automatiquement le même texte,

  • envoyée à une autre machine pour qu’elle l’imprime à distance,

  • ou insérée dans un ordinateur pour lui donner des instructions.

À l’origine, le Flexowriter sert surtout à gagner du temps dans les bureaux : on prépare un modèle de lettre une fois, puis la machine peut le reproduire automatiquement.

Mais dans les années 1950, les premiers ordinateurs utilisent justement des bandes perforées pour recevoir leurs programmes. Le Flexowriter devient alors un outil pratique pour préparer ces bandes : on tape un programme lisible par un humain, et la machine crée en même temps la version codée pour l’ordinateur.

En résumé, le Flexowriter est une machine à écrire capable :

  • d’imprimer,

  • d’enregistrer,

  • de rejouer automatiquement un texte,

  • et de communiquer avec d’autres machines.

Il fait le lien entre la machine à écrire classique et les premiers systèmes informatiques.

À partir du milieu des années 1950, avec l’essor des ordinateurs à bande perforée comme le TX-0 puis le PDP-1, le Flexowriter devient un périphérique d’entrée/sortie utilisé pour préparer et relire des programmes sur ruban perforé.

Il occupe ainsi une position charnière entre la machine à écrire électrique, le télétype et les premiers terminaux informatiques.

Fiche rapide

  • Constructeur : Friden / Commercial Controls Corporation
  • Catégorie : machine d’écriture automatique électromécanique
  • Technologie : mécanismes à cames, embrayages électromagnétiques, relais
  • Nombre maximal de caractères : 86 (43 barres de type, double caractère par barre)
  • Codes supportés : jusqu’à 12 bits selon configuration
  • Vitesse nominale automatique : 571 caractères/minute

Une base mécanique robuste

Le Flexowriter est d’abord une machine d’écriture électrique renforcée. Contrairement à une simple machine à écrire électrique, sa construction est spécifiquement conçue pour supporter des opérations automatiques répétitives et synchronisées.

Le mécanisme d’impression repose sur :

  • 43 barres de caractères, chacune portant deux symboles (majuscules/minuscules ou lettres/chiffres),
  • un déplacement du chariot pour l’espacement des caractères,
  • un retour chariot motorisé avec indexation automatique du cylindre pour l’interligne,
  • un système de cames actionnées par un arbre motorisé en rotation continue.

Chaque touche n’alimente pas directement la frappe :
elle déclenche une came entraînée par un rouleau moteur continu. Toutes les touches nécessitent ainsi le même effort, la puissance mécanique étant fournie par le moteur.

La force d’impression est réglable :

  • réglage fin par came ajustable,
  • réglage grossier par sélection de leviers intermédiaires spécifiques à chaque barre.

Principe fondamental : le code binaire

Chaque frappe sur le Flexowriter déclenche mécaniquement un ensemble de contacts électriques correspondant à une combinaison binaire.
Un code binaire est composé de plusieurs « bits », chacun pouvant prendre deux états :

  • 0 (non activé)

  • 1 (activé)

Chaque caractère est associé à une combinaison unique de ces bits.

Selon les modèles, le Flexowriter peut utiliser :

  • 5 bits (compatibilité télétype),

  • 6 ou 8 bits pour les bandes perforées,

  • jusqu’à 12 bits pour certaines applications spécialisées.

L’intérêt technique est majeur :

  • le texte devient un signal électrique structuré,

  • il peut être stocké sur bande perforée,

  • transmis à distance,

  • ou interprété par un dispositif électromécanique ou informatique.

Le Flexowriter constitue ainsi un système de conversion bidirectionnelle :
texte lisible ⇄ code machine.

Couverture du Programming Manual for Friden Flexowriter, Friden, années 1960.
Couverture du Programming Manual for Friden Flexowriter, Friden, années 1960.

Code Selector : génération du code

Le Code Selector est un mécanisme situé à l’arrière inférieur de la machine.

Fonction :

  • associer à chaque touche une combinaison binaire spécifique,
  • actionner un ensemble de contacts correspondant aux bits du code.

Chaque touche active un coulisseau distinct.
Ce coulisseau agit sur un ensemble de traverses (une par bit + une traverse commune).

Il est possible de configurer chaque touche pour :

  • imprimer uniquement,
  • sélectionner un code uniquement,
  • imprimer et sélectionner un code simultanément.

Cette modularité explique la grande diversité des combinaisons possibles.

Code Translator : décodage et action automatique

Le Code Translator convertit des impulsions électriques codées en mouvements mécaniques.

Caractéristiques principales :

  • un électro-aimant par bit de code,
  • un électro-aimant pour l’embrayage à révolution unique,
  • fonctionnement typique à 48 V ou 90 V DC,
  • durée minimale d’impulsion : 20 ms.

Il peut piloter jusqu’à 52 touches mécaniques.

Deux Flexowriter peuvent ainsi être reliés par câble : le Code Selector du premier pilote le Code Translator du second.

Flexowriter
Photo par Yves Tessier – Bibliothèque de l’Université Laval, CC BY-SA 4.0

Tape Punch : stockage sur bande perforée

La perforatrice est montée à l’arrière gauche.

Caractéristiques :

  • jusqu’à 8 canaux de code,
  • trou d’entraînement central (diamètre 0,046″),
  • trous de code de 0,072″,
  • pas longitudinal : 0,100″,
  • largeur de bande : 11/16″, 7/8″ ou 1″.

Vitesse mécanique :

  • 853 cycles/minute standard,
  • 1000 cycles/minute possible selon configuration.

Un mécanisme de retour arrière magnétique peut être ajouté pour correction par sur-perforation (delete).

Tape Reader : lecture et reproduction

Le lecteur de bande, placé à l’avant gauche :

  • détecte les trous par contacts normalement ouverts,
  • fournit un contact commun par code lu,
  • peut détecter directement certains codes fonctionnels (retour chariot, tabulation, stop),
  • fonctionne en synchronisation mécanique avec l’arbre moteur.

La vitesse nominale automatique du système est fixée à 571 caractères par minute, garantissant une marge de sécurité vis-à-vis des 588 RPM du traducteur.

Alimentation et motorisation

  • Moteur standard : 115 V AC, 60 Hz
  • Puissance : 35 milli-horsepower
  • Vitesse nominale : 1725 RPM
  • Alimentation DC interne : 90 V (1 A) ou 48 V (2 A)

Une version DC avec rhéostat de réglage de vitesse est disponible.

Combinaisons fonctionnelles

Le Flexowriter peut être configuré comme :

  • Recorder (écriture + perforation)
  • Reproducer (lecture + écriture automatique)
  • Transmitter / Receiver
  • Recorder–Reproducer
  • Duplex Reproducer (double lecteur)

Ces combinaisons permettent :

  • reproduction différée de documents,
  • transmission à distance,
  • contrôle d’équipements externes,
  • production automatique de supports codés.

Pourquoi le Flexowriter est une machine charnière ?

Le Flexowriter occupe une position intermédiaire majeure entre :

  • la machine à écrire électrique classique,
  • les télétypes de communication,
  • et les premiers systèmes informatiques à bande perforée.

Il introduit :

  • une architecture modulaire mécanico-électrique,
  • une séparation claire entre génération et interprétation du code,
  • un stockage différé sur support physique standardisé,
  • une synchronisation électromécanique précise.

Il constitue ainsi un maillon fondamental dans la transition vers les systèmes automatisés à traitement de données du milieu du XXe siècle.


Photo de couverture par NightflyerOwn work, CC BY-SA 4.0, Link

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