CRT 30
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Precision CRT Display Type 30

L’écran qui rend le PDP-1 visuel et interactif

Au début des années 1960, la sortie d’un ordinateur passe le plus souvent par le papier : un télétype imprime des lignes de résultats, parfois à distance, que l’on analyse après coup. Avec le Precision CRT Display Type 30, DEC introduit une approche radicalement différente : afficher immédiatement des formes, des points et des graphes, ouvrant la voie à une informatique réellement interactive.

Le Type 30 est un tube cathodique (CRT) de 16 pouces, conçu comme périphérique en ligne pour le PDP-1. Son écran est circulaire, à la manière des oscilloscopes. Il ne s’agit pas d’un affichage raster de type télévision, mais d’un affichage vectoriel : l’ordinateur positionne le faisceau en coordonnées X/Y et l’intensifie pour tracer des points.


Un affichage vectoriel : des points plutôt que des pixels

Le principe est simple : le programme demande l’affichage d’un point à une position donnée (X, Y). En répétant cette opération très rapidement, il devient possible de dessiner des segments, des courbes, des repères, des schémas ou des diagrammes. Le texte lui-même peut être affiché en traçant les caractères point par point.

Un point essentiel distingue ce type d’affichage des écrans modernes : le CRT ne mémorise pas l’image. Le point lumineux s’estompe rapidement, ce qui impose un rafraîchissement constant de la figure. La stabilité de l’image dépend donc directement de l’organisation logicielle du tracé.


Caractéristiques essentielles du Type 30

  • Zone utile : environ 9,25 × 9,25 pouces, avec une origine des coordonnées située au centre de l’écran.
  • Adressage : 1024 × 1024 positions, soit des coordonnées codées sur 10 bits par axe.
  • Débit d’affichage : jusqu’à 20 000 points par seconde, permettant des figures complexes à condition de maîtriser le rafraîchissement.
  • Précision : exactitude d’environ ± 3 % de la taille du raster.
  • Conception : système à focus et déflexion magnétiques, annoncé comme solid-state, autonome et bufferisé, afin de découpler l’affichage du rythme interne du processeur.

Dans la pratique, ces caractéristiques produisent un affichage particulièrement vivant, bien adapté aux démonstrations, à la visualisation de données et aux programmes nécessitant un retour visuel immédiat.


Programmer l’affichage : l’instruction « dpy »

L’intégration du Type 30 au PDP-1 est remarquablement élégante. L’installation ajoute une instruction d’entrée/sortie dédiée, souvent résumée comme « afficher un point ».

  • La coordonnée X est fournie par les bits 0 à 9 de l’accumulateur (AC).
  • La coordonnée Y est fournie par les bits 0 à 9 du registre d’E/S (IO).
  • L’exécution de l’instruction efface le statut du stylo optique, s’il est présent, puis trace le point.

Ce modèle encourage une programmation très géométrique : calcul de coordonnées, tracé, répétition. Des sous-routines permettent rapidement de construire des segments, cercles, axes gradués ou courbes, formant un véritable socle logiciel graphique.


Du visuel à l’interaction : le Light Pen (Type 32)

Le Type 30 ne se limite pas à un rôle d’affichage. Associé au Light Pen (Type 32), il devient un véritable outil d’interaction. Le stylo, photosensible, détecte le passage du faisceau lumineux et déclenche un événement logiciel.

Cette capacité permet des interactions étonnamment modernes pour l’époque : sélectionner un point, choisir un élément d’un schéma, modifier une figure ou déclencher une action. Bien avant la souris, l’utilisateur peut déjà désigner des objets à l’écran.

À retenir : le Light Pen ne dessine pas directement. Il permet de désigner un point affiché ; le logiciel interprète ensuite cette action (sélection, modification, nouvelle vue).

Afficher du texte : le Symbol Generator (Type 33)

Tracer des caractères point par point reste coûteux. Pour améliorer l’affichage alphanumérique, DEC propose le Symbol Generator Type 33, capable d’afficher des caractères basés sur une matrice 5 × 7, avec plusieurs tailles possibles.

Ce module augmente considérablement le débit d’affichage du texte et permet au Type 30 de présenter non seulement des figures et des graphes, mais aussi des libellés, des valeurs et des interfaces rudimentaires.


Le Type 30 dans un environnement PDP-1

Dans une configuration typique, le télétype et le CRT remplissent des rôles complémentaires :

  • Télétype : saisie des commandes, lancement des programmes, impression des résultats et débogage.
  • CRT Type 30 : visualisation immédiate des graphes, trajectoires et schémas, ainsi que les interactions rapides via le Light Pen.

Lorsque le résultat est numérique, le papier reste efficace. Lorsqu’il s’agit de formes ou d’évolutions dans le temps, le Type 30 transforme profondément la relation à la machine : on observe, on comprend et on ajuste en temps réel. L’ordinateur devient alors un outil d’exploration autant qu’un outil de calcul.


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