Commodore VIC 20
Le Commodore VIC-20 occupe une place importante dans l’histoire de la micro-informatique familiale. Commercialisé d’abord au Japon en 1980 sous le nom de VIC-1001, puis en Amérique du Nord et en Europe à partir de 1981, il précède le célèbre Commodore 64 et prépare en partie son succès. Son prix relativement accessible, son clavier complet, son affichage en couleur et son interpréteur BASIC intégré en font une machine destinée aux familles, aux débutants et aux amateurs de jeux.

Le VIC-20 est généralement présenté comme le premier modèle d’ordinateur à avoir dépassé le million d’exemplaires vendus. Son succès ne repose pourtant pas sur des performances exceptionnelles : il ne dispose que de 5 Ko de mémoire vive et son affichage se limite à 22 colonnes. Commodore mise plutôt sur une machine simple, économique et immédiatement utilisable.

Fiche rapide

  • Nom : Commodore VIC-20
  • Autres appellations : VIC-1001 au Japon, VC-20 en Allemagne
  • Constructeur : Commodore Business Machines
  • Commercialisation : 1980 au Japon, 1981 en Amérique du Nord et en Europe
  • Processeur : MOS Technology 6502
  • Fréquence : environ 1 MHz, selon la norme vidéo
  • Mémoire vive : 5 Ko, dont 3583 octets disponibles au démarrage en BASIC
  • Mémoire morte : 20 Ko
  • Langage intégré : Commodore BASIC V2, dérivé du Microsoft BASIC
  • Affichage : 22 colonnes sur 23 lignes
  • Son : trois générateurs de tonalité et un générateur de bruit
  • Supports : cartouches, cassettes et disquettes
  • Prix de lancement aux États-Unis : 299,95 dollars
  • Ventes : environ 2,5 millions d’exemplaires selon les estimations couramment retenues

Commodore veut mettre un ordinateur dans les foyers

Avant le VIC-20, Commodore possède déjà une expérience importante avec le PET 2001, présenté en 1977. Cette machine réunit dans un même ensemble l’unité centrale, le clavier, l’écran et un lecteur de cassettes. Elle trouve sa place dans l’enseignement et certaines entreprises, mais reste encore relativement coûteuse et spécialisée.

Jack Tramiel, dirigeant de Commodore, veut toucher un public beaucoup plus large. Son objectif n’est pas de construire la machine la plus performante, mais un ordinateur suffisamment abordable pour entrer dans les foyers. Cette stratégie sera plus tard résumée par la formule souvent associée à Commodore : « Computers for the masses, not the classes », des ordinateurs pour les masses et non pour une élite.

Commodore dispose pour cela d’un avantage industriel considérable. En 1976, l’entreprise rachète MOS Technology, fabricant du processeur 6502 et de nombreux circuits intégrés. Elle peut ainsi produire elle-même une part importante des composants nécessaires à ses ordinateurs et réduire fortement ses coûts de fabrication.


Une machine construite autour de la puce VIC

Le VIC-20 doit son nom à la puce MOS 6560, ou VIC pour Video Interface Chip. Conçue à la fin des années 1970, elle regroupe des fonctions vidéo en couleur et sonores à faible coût. Commodore cherche d’abord à lui trouver des débouchés dans les terminaux et les jeux électroniques avant de décider de construire son propre ordinateur autour d’elle.

Plusieurs ingénieurs participent à la mise au point de la machine. Al Charpentier travaille sur la puce VIC, tandis que Robert Yannes joue un rôle important dans l’architecture de l’ordinateur. Il participera ensuite au développement du Commodore 64 et de sa célèbre puce sonore SID. Michael Tomczyk intervient davantage sur le produit lui-même : documentation, logiciels, accessoires et positionnement auprès du grand public.

Au Japon, la machine apparaît sous le nom VIC-1001. En Allemagne, elle devient VC-20. Le nombre 20 n’indique ni la quantité de mémoire ni la largeur de l’écran : il s’agit surtout d’un choix commercial destiné à donner au nom une sonorité moderne et facile à retenir.


5 Ko de RAM, mais une architecture bien exploitée

Le VIC-20 utilise un MOS Technology 6502, microprocesseur 8 bits fonctionnant à une fréquence proche de 1 MHz. Ce processeur équipe déjà plusieurs machines importantes de la période et offre des performances suffisantes pour exécuter le BASIC, gérer les périphériques et faire fonctionner des jeux.

La principale limitation vient de la mémoire. Le VIC-20 ne possède que 5 Ko de RAM. Au démarrage, l’utilisateur ne dispose réellement que de 3583 octets libres pour ses programmes BASIC, une partie de la mémoire étant réservée à l’écran, aux couleurs et au fonctionnement du système.

Commodore prévoit toutefois un port d’extension capable d’accueillir des cartouches de mémoire. Des extensions de 3, 8, 16 ou 32 Ko permettent de faire fonctionner des programmes plus ambitieux. Cette solution permet de maintenir un prix d’achat faible tout en laissant la possibilité de faire évoluer l’ordinateur.

Le Commodore BASIC V2 est stocké en ROM et apparaît immédiatement après l’allumage. Il reste assez rudimentaire pour les graphismes et le son, ce qui conduit souvent les programmeurs à utiliser les commandes PEEK et POKE pour accéder directement aux adresses mémoire.


Un affichage pensé pour le téléviseur

Le VIC-20 est conçu pour être branché directement sur un téléviseur. L’utilisateur n’a donc pas besoin d’acheter immédiatement un moniteur informatique spécialisé, ce qui réduit encore le coût de l’équipement.

La puce VIC produit un affichage en couleur de 22 colonnes sur 23 lignes. Cette largeur est peu adaptée au traitement de texte ou à la comptabilité, mais elle convient aux jeux, aux logiciels éducatifs et à l’apprentissage de la programmation.

La machine ne possède pas les sprites matériels que proposera plus tard le Commodore 64. Elle permet en revanche de redéfinir les caractères affichés à l’écran. Les programmeurs exploitent largement cette possibilité pour créer des décors, des personnages et des animations malgré les limitations graphiques.

Le circuit VIC fournit également trois générateurs de tonalité et un générateur de bruit. Les possibilités sonores restent simples, mais elles suffisent pour accompagner les jeux de petites mélodies et d’effets sonores.


Cartouches, cassettes et disquettes

Le port cartouche permet de lancer immédiatement un logiciel après l’allumage. Commodore et de nombreux éditeurs proposent sous ce format des jeux, des utilitaires et des extensions de mémoire.

Pour le stockage économique, beaucoup d’utilisateurs choisissent la Commodore Datasette. Les programmes sont enregistrés sur des cassettes audio, un support lent mais peu coûteux et largement disponible.

Le VIC-20 peut également recevoir un lecteur de disquettes, notamment le VIC-1540, puis le 1541. Ces périphériques rendent le stockage beaucoup plus pratique, mais leur prix peut atteindre ou dépasser celui de l’ordinateur lui-même.

Commodore propose aussi des imprimantes, des joysticks, des modems et différents accessoires. Autour du VIC-20 se construit ainsi un véritable environnement matériel et logiciel.


Un ordinateur vendu comme un produit grand public

L’une des grandes nouveautés du VIC-20 ne se trouve pas dans son électronique mais dans sa commercialisation. Commodore ne se limite pas aux magasins spécialisés : la machine apparaît dans de grandes chaînes de distribution, aux côtés des téléviseurs, chaînes hi-fi et consoles de jeux.

Aux États-Unis, son prix de lancement de 299,95 dollars le place très en dessous de nombreux concurrents. Commodore peut ensuite réduire encore ses prix grâce à sa maîtrise de la fabrication des composants.

La publicité joue également un rôle important. Commodore fait notamment appel à William Shatner, connu pour son rôle du capitaine Kirk dans Star Trek. Le message s’adresse directement aux familles : l’ordinateur peut servir à apprendre, gérer des tâches domestiques, jouer ou programmer.

Le VIC-20 contribue ainsi à modifier l’image du micro-ordinateur. Il ne s’adresse plus seulement aux techniciens ou aux passionnés : il devient un produit que l’on peut acheter pour toute la famille.


Apprendre à programmer sur le VIC-20

Pour beaucoup d’utilisateurs, le VIC-20 constitue un premier contact avec la programmation. Son BASIC intégré permet de commencer immédiatement après l’allumage avec quelques instructions très simples :

10 PRINT "BONJOUR"
20 GOTO 10

Les magazines jouent un rôle important dans cet apprentissage. Ils publient des programmes BASIC que les lecteurs recopient ligne par ligne. Une simple erreur de caractère peut empêcher le programme de fonctionner, obligeant à relire le code et à rechercher la faute.

Cette pratique initie indirectement de nombreux utilisateurs au débogage. Les limitations du BASIC poussent ensuite les plus curieux vers les adresses mémoire, les caractères programmables puis le langage machine du 6502.

Le parcours de Linus Torvalds illustre cette influence. Enfant, il utilise le VIC-20 de son grand-père et commence à programmer en BASIC avant de chercher à comprendre plus profondément le fonctionnement de la machine. Il poursuivra ensuite cet apprentissage sur un Sinclair QL, bien avant la création du noyau Linux.


Le premier ordinateur vendu à plus d’un million d’exemplaires

Le succès du VIC-20 dépasse rapidement les attentes de Commodore. La combinaison d’un prix faible, d’une large distribution et d’une communication destinée au grand public lui permet de toucher un marché beaucoup plus vaste que celui des premiers amateurs de micro-informatique.

Le VIC-20 est généralement considéré comme le premier modèle d’ordinateur à dépasser le million d’exemplaires vendus. Les estimations couramment citées situent ses ventes totales autour de 2,5 millions d’unités.

Ce résultat montre qu’au début des années 1980, le micro-ordinateur peut désormais devenir un produit fabriqué et vendu à très grande échelle.

Le Commodore 64, présenté en 1982, reprend une partie de cette recette : clavier intégré, branchement sur un téléviseur, BASIC en ROM, port cartouche et nombreux périphériques. Avec 64 Ko de mémoire, des sprites et la puce sonore SID, il offre toutefois des capacités nettement supérieures.

Le VIC-20 reste commercialisé quelques années aux côtés de son successeur, mais la baisse rapide du prix du Commodore 64 réduit progressivement son intérêt. Sa production prend fin en 1985.


Pourquoi le Commodore VIC-20 est une machine importante

Le VIC-20 n’impressionne pas par ses caractéristiques techniques. Ses 5 Ko de RAM, ses 22 colonnes et ses possibilités graphiques limitées sont rapidement dépassés.

Son importance historique tient surtout à autre chose.

Commodore montre qu’un ordinateur personnel peut être vendu à un prix relativement bas, dans des circuits de distribution grand public, avec suffisamment de logiciels, d’accessoires et de documentation pour toucher des familles qui n’auraient jamais envisagé l’achat d’un ordinateur quelques années auparavant.

Le VIC-20 forme également de nombreux utilisateurs à la programmation. Sa simplicité permet d’observer directement le fonctionnement de la mémoire, de manipuler les caractères affichés ou d’accéder aux registres matériels avec PEEK et POKE.

Enfin, il permet à Commodore de valider une stratégie industrielle et commerciale qui sera reprise avec beaucoup plus d’ampleur par le Commodore 64.

Le VIC-20 reste ainsi une machine modeste par ses performances, mais essentielle dans le passage du micro-ordinateur spécialisé vers l’ordinateur familial produit à plusieurs millions d’exemplaires.


Repères chronologiques

  • 1976 : Commodore rachète MOS Technology.
  • 1977 : présentation du Commodore PET 2001.
  • Fin des années 1970 : développement de la puce VIC.
  • 1980 : lancement japonais sous le nom VIC-1001.
  • 1981 : commercialisation du VIC-20 en Amérique du Nord et en Europe.
  • 1982 : présentation du Commodore 64.
  • 1983 : le VIC-20 franchit le cap du million d’exemplaires vendus.
  • 1985 : fin de la production.

Photo de couverture par Evan-Amos — travail personnel, domaine public, Wikimedia Commons.

Publications similaires

  • Commodore PET 2001

    Le Commodore PET 2001, présenté en janvier 1977, compte parmi les machines fondatrices de la micro-informatique personnelle. Avec l’Apple II et le TRS-80 Model I, il appartient à ce que le magazine Byte appellera rétrospectivement la « Trinité de 1977 » : trois ordinateurs produits en série, prêts à l’emploi et accessibles à un public…

  • Thomson TO7

    Le Thomson TO7 est un micro-ordinateur français 8 bits commercialisé à la fin de 1982. Premier ordinateur familial de Thomson, il repose sur un Motorola 6809 à 1 MHz et se distingue par plusieurs choix originaux : connexion directe au téléviseur par Péritel, crayon optique fourni avec la machine, clavier sensitif et logiciels sur cartouches…

  • Commodore 64

    Le Commodore 64, ou C64, est un micro-ordinateur familial 8 bits présenté par Commodore en janvier 1982 et commercialisé la même année. Avec ses 64 Ko de RAM, son processeur MOS 6510, son circuit graphique VIC-II et son célèbre synthétiseur sonore SID, il devient l’une des machines emblématiques de la micro-informatique des années 1980. Son…

  • Apple III

    L’Apple III est un micro-ordinateur 8 bits présenté par Apple Computer en mai 1980 et destiné principalement au marché professionnel. Après le succès de l’Apple II, Apple veut proposer aux entreprises une machine plus puissante, dotée de davantage de mémoire, d’un affichage 80 colonnes, d’un lecteur de disquette intégré et d’un système d’exploitation plus évolué….

  • |

    Apple II

    L’Apple II est un micro-ordinateur 8 bits conçu principalement par Steve Wozniak et commercialisé par Apple Computer en 1977. Présenté au public lors de la première West Coast Computer Faire, il associe dans un même boîtier un clavier, une carte mère, une alimentation, des capacités graphiques en couleur et un interpréteur BASIC disponible dès l’allumage.Contrairement…

  • TRS-80 Color Computer 2

    Le TRS-80 Color Computer 2, ou CoCo 2, est un micro-ordinateur familial commercialisé par Tandy / Radio Shack à partir de septembre 1983. Il succède au TRS-80 Color Computer lancé trois ans auparavant. Plus compact, moins coûteux à produire et équipé d’un meilleur clavier, le Color Computer 2 ne constitue cependant pas une rupture technique….