Mitra 15

Mitra 15

En 1971, la Compagnie internationale pour l’informatique (CII) présente le Mitra 15, un mini-ordinateur français conçu pour le temps réel. Développé sous la direction de l’ingénieure Alice Recoque, il trouve sa place dans l’industrie, les télécommunications, les réseaux, l’énergie et l’enseignement. Il sera notamment utilisé dans le réseau expérimental Cyclades et connaîtra une diffusion importante avec près de 8 000 exemplaires.


Fiche technique

  • Nom : Mitra 15
  • Constructeur : CII
  • Conception : équipe dirigée par Alice Recoque
  • Présentation : 1971
  • Premières livraisons : 1972
  • Architecture : 16 bits
  • Technologie : circuits logiques TTL
  • Mémoire : tores de ferrite
  • Microprocesseur : aucun
  • Usage principal : calcul et contrôle en temps réel
  • Production : environ 8 000 exemplaires

Un mini-ordinateur français

Dans les années 1970, le mot mini-ordinateur ne désigne pas encore une petite machine de bureau. Il s’agit d’un ordinateur moins coûteux et moins encombrant que les grands systèmes centraux, suffisamment compact pour être installé directement dans un laboratoire, une usine ou un service technique. Le Mitra 15 appartient à cette nouvelle génération de machines qui rapproche progressivement le calcul de ses utilisateurs.


Une machine conçue sous la direction d’Alice Recoque

Le développement du Mitra 15 est dirigé par Alice Recoque, ingénieure française spécialisée dans les calculateurs et les systèmes temps réel. À la CII, elle prend la responsabilité des travaux consacrés aux petits ordinateurs et conduit l’équipe chargée du projet Mitra. Le nom MITRA est généralement développé comme « Mini-machine pour l’Informatique Temps Réel et Automatique », une appellation qui résume bien la vocation de la machine.


Un ordinateur 16 bits sans microprocesseur

Le Mitra 15 travaille sur des mots de 16 bits, mais il ne possède pas de microprocesseur comme les micro-ordinateurs qui apparaîtront quelques années plus tard. Son unité centrale est construite à partir de nombreux circuits intégrés logiques TTL. Sa mémoire principale utilise des tores de ferrite, technologie alors courante dans les ordinateurs professionnels. La machine fait également appel à la microprogrammation, qui permet d’adapter une partie de son fonctionnement interne aux besoins des applications.


Le temps réel au cœur du Mitra 15

Le Mitra 15 est surtout destiné aux applications dans lesquelles l’ordinateur doit réagir rapidement à un événement extérieur. Dans une usine, par exemple, un capteur peut signaler une anomalie et le calculateur doit immédiatement analyser l’information puis commander un équipement. Cette capacité explique son utilisation dans l’automatisation industrielle, les télécommunications, les laboratoires et les systèmes de supervision.


Le Mitra 15 dans le réseau Cyclades

L’une de ses utilisations les plus importantes concerne Cyclades, réseau expérimental lancé en 1972 à l’IRIA sous la direction de Louis Pouzin. Des Mitra 15 sont utilisés comme commutateurs de paquets dans le réseau Cigale : ils reçoivent les données, déterminent leur destination et les transmettent vers le nœud suivant. Le Mitra 15 devient ainsi l’un des composants matériels d’une expérience française majeure dans l’histoire des réseaux informatiques.


Des Mitra 15 dans les lycées français

À partir de 1973, le Mitra 15 participe également à l’expérience dite des « 58 lycées », destinée à introduire l’informatique dans l’enseignement secondaire français. Un mini-ordinateur est partagé entre plusieurs terminaux, permettant à plusieurs élèves de programmer sur la même machine. Le langage français LSE — Langage Symbolique d’Enseignement est notamment utilisé. Cette organisation illustre parfaitement l’informatique interactive de l’époque : plusieurs utilisateurs travaillent depuis des terminaux reliés à un ordinateur central.


Une machine présente jusque dans le réseau électrique

Le Mitra 15 est également utilisé par EDF dans l’automatisation et la supervision du réseau électrique. Installés dans différents sites de commande, ces calculateurs traitent les informations provenant des installations et participent au contrôle du réseau. Le même ordinateur peut ainsi servir dans un lycée, un réseau de télécommunications ou une infrastructure industrielle.


Une place à nuancer

Le Mitra 15 est parfois présenté comme le premier mini-ordinateur français ou comme une création directe du Plan Calcul. Ces formulations sont excessives : la CII disposait déjà d’autres petits calculateurs et le Mitra 15 ne figurait pas dans la convention initiale du Plan Calcul. Il reste néanmoins l’un des mini-ordinateurs français les plus marquants des années 1970.


Pourquoi le Mitra 15 est important

Le Mitra 15 illustre une évolution essentielle de l’informatique : le calcul quitte progressivement les grands centres informatiques pour se rapprocher des machines, des réseaux et des utilisateurs. Son utilisation dans l’industrie, Cyclades, l’enseignement et le réseau électrique montre la polyvalence de cette nouvelle génération de mini-ordinateurs. Avec près de 8 000 exemplaires diffusés, il constitue aussi l’une des réussites les plus significatives de l’informatique française des années 1970.


Repères chronologiques

  • 1971 : présentation du Mitra 15.
  • 1972 : premières livraisons et lancement de Cyclades.
  • 1973 : utilisation dans l’expérience informatique des 58 lycées.
  • 1975 : apparition du Mitra 125.
  • À partir de 1976 : transfert progressif de la gamme Mitra vers la SEMS.

Sources et références

  • ACONIT, documentation consacrée au Mitra 15 et aux mini-ordinateurs français.
  • Inria, archives historiques consacrées à Cyclades et au réseau Cigale.
  • Le Monde, « Mitra-15, nouveau mini-ordinateur de la C.I.I. », 12 mai 1971.
  • Enseignement Public & Informatique (EPI), histoire de l’expérience informatique des 58 lycées.
  • Conservatoire des Télécommunications du Réseau Électrique français, documentation sur le Mitra 15 à EDF.

Photo de couverture par Damien.bTravail personnel, CC BY-SA 4.0, Lien

 

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