FORTRAN
Le nom FORTRAN vient de FORmula TRANslation : l’objectif est clair, “traduire” des formules vers du code exécutable.
Le langage qui a fait basculer l’informatique dans l’ère du calcul scientifique
De l’assembleur aux formules mathématiques : pourquoi FORTRAN (1957) est un tournant majeur de l’histoire des langages ?
C’est précis, mais extrêmement coûteux en temps : il faut gérer la mémoire, les instructions bas niveau, et chaque machine a ses particularités. Pour les scientifiques et ingénieurs, ce mode de programmation devient un frein : les besoins explosent (simulations, équations, calcul numérique), mais le “prix” du logiciel reste énorme.C’est dans ce contexte qu’IBM lance en 1954 un projet ambitieux : permettre aux chercheurs d’exprimer des calculs dans une notation proche des mathématiques, tout en produisant un code exécutable performant.
Date d’apparition : de 1954 à 1957
- 1954 : démarrage du projet chez IBM.
- 1957 : première version opérationnelle livrée pour l’IBM 704.
- Figure clé : John Backus (1924–2007) dirige l’équipe IBM à l’origine de FORTRAN entre 1954 et 1957.
Il joue un rôle déterminant dans la conception du premier compilateur performant et contribue à faire émerger l’idée qu’un langage de haut niveau peut rester efficace. Il recevra plus tard le prix Turing pour ses contributions majeures aux langages de programmation.
FORTRAN est-il le premier langage de programmation ?
FORTRAN n’est pas le tout premier langage au sens strict : avant lui, on trouve l’assembleur (dès les années 1940) et divers systèmes de codage plus ou moins “haut niveau”, souvent expérimentaux ou peu diffusés.
En revanche, FORTRAN est généralement considéré comme le premier langage de haut niveau largement utilisé et industrialisé, notamment parce qu’il s’accompagne d’un compilateur capable de produire un code efficace et parce qu’il est adopté massivement dans le monde scientifique.
À quel besoin répond FORTRAN ?
Le besoin principal est celui du calcul scientifique :
matrices, fonctions trigonométriques, calculs flottants, simulations et traitement numérique.
Le cœur de l’innovation est de permettre d’écrire des expressions de manière lisible, par exemple :
Y = (A + B)**2
Z = SQRT(X)
T = A*PI
Pour l’époque, c’est une rupture : on quitte la logique “instruction par instruction” au plus près du matériel
pour adopter une notation mathématique plus naturelle. En parallèle, FORTRAN vise un autre enjeu crucial : ne pas sacrifier la performance. À l’époque, beaucoup pensent qu’un compilateur ne pourra jamais rivaliser avec un humain en optimisation ; FORTRAN démontre que c’est possible dans de nombreux cas, ce qui accélère son adoption.
Les briques clés : compilateur, types numériques et contrôle de programme
FORTRAN introduit (ou popularise à grande échelle) des éléments qui structurent encore les langages modernes :
- Le compilateur : un programme qui traduit le code source en programme objet exécutable.
- Les types numériques : entiers et nombres à virgule flottante, indispensables au calcul scientifique.
- Le contrôle de programme : boucles, branchements, organisation du flux d’exécution.
Un point intéressant sur le plan historique : la rigidité de certains formats (lignes, colonnes, etc.) reflète les contraintes matérielles de l’époque (cartes perforées, périphériques d’entrée/sortie). Autrement dit, la “forme” du langage porte encore la trace du monde technique qui l’a vu naître.
Diffusion industrielle : preuve par les manuels
La diffusion rapide de FORTRAN se voit dans la littérature technique de l’époque. Par exemple, Digital Equipment Corporation (DEC)
publie un « 4K FORTRAN Programmer’s Reference Manual » (première édition en 1966, révisions jusqu’en 1969) pour la famille PDP. Ce type de manuel montre qu’en moins de dix ans, FORTRAN dépasse le seul contexte IBM : il devient un langage enseigné, documenté et adapté à des machines variées.
Impact : un langage fondateur du logiciel scientifique
FORTRAN devient pendant des décennies un standard de fait du calcul scientifique : aéronautique, météorologie,
recherche nucléaire, mécanique des fluides, simulation numérique… Son influence est durable : il contribue à installer l’idée qu’un langage de haut niveau peut être à la fois expressif et performant.
Même si l’écosystème a évolué (C, C++, Python, etc.), FORTRAN reste présent dans de nombreux codes historiques et bibliothèques scientifiques, notamment lorsque la performance et la stabilité comptent autant que la modernité syntaxique.
Photo de couverture d’un code source en Fortran 77 par Phrontis — Own work (including own program), CC BY-SA 3.0, Lien
